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Le projet a déjà fait ses preuves à Zurich et à Genève. Depuis début juillet, Lausanne compte un centre de santé sexuelle* destiné aux hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes (HSH), qu’ils se définissent comme gays ou non, et aux personnes trans. A quoi ça sert? Réponses avec Florent Jouinot, collaborateur administration et accueil à Checkpoint Vaud, cette nouvelle structure ouverte par Profa dans la capitale vaudoise.

FEMINA Pourquoi fallait-il une prise en charge spécifique pour les hommes qui ont des rapports sexuels avec les hommes et pour les personnes trans? Leurs besoins sont-ils différents?
FLORENT JOUINOT
Non, mais l’accès au système de soins n’est pas simple pour ces minorités qui ont été la cible de rejet ou qui anticipent un rejet en raison de l’image sociale que peut avoir l’homosexualité ou l’identité trans. En général, ces personnes soit ne consultent pas du tout, soit consultent en occultant totalement leur identité ou leurs pratiques sexuelles. C’est notamment le cas des hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes mais qui ne se définissent pas comme gays. Cette omission est problématique, d’autant que les médecins de premier recours n’abordent pas ou peu la question de la vie sexuelle.

Leur réserver une structure, n’est-ce pas les stigmatiser davantage?
Lancer une campagne de prévention VIH destinée à la population hétéro, est-ce stigmatisant pour elle? On est un centre ouvert sur les questions gaies et trans, mais on ne se coupe pas du monde. Il nous arrive de recevoir des hommes aux pratiques exclusivement hétérosexuelles, même si ce n’est pas notre objet premier.

Les lesbiennes ne sont-elles pas victimes de rejet? Pourquoi Checkpoint Vaud ne s’adresse-t-il pas aussi à elles?
Parce quenos financements viennent des fonds alloués à la prévention du VIH/IST dans le cadre du Plan National, or les données disponibles sur la question démontrent que les femmes lesbiennes sont peu touchées par le sida. Par contre, Profa fait actuellement tout un travail dans ses consultations en santé sexuelle pour mieux s’ouvrir aux femmes lesbiennes et leur apporter des prestations correspondant à leurs besoins, notamment en matière de prévention et de traitement des infections sexuellement transmissibles (IST) qui n’épargnent pas les femmes lesbiennes et autres femmes ayant des rapports avec des femmes, bien au contraire.

Après Zurich et Genève, pourquoi avoir choisi Lausanne pour ce troisième Checkpoint en Suisse?
En premier lieu en raison de la concentration des épidémies, notamment au VIH, autour des grandes villes: Zurich, Genève, Lausanne. Qui plus est, en raison de sa position centrale en Romandie, Lausanne est un lieu festif où vit toute une scène gay. Cela paraissait pertinent d’y ouvrir ce troisième centre.

Qu’offre-t-on à Checkpoint Vaud?
Nous assurons un accueil psychosocial, et permettons à nos usagers d’accéder à des dépistages, des vaccinations et des traitements. Nous sommes cinq, dont un médecin et un infirmier. Nous fonctionnons comme un point d’entrée dans le système de santé. A nous de faciliter l’accès à d’autres praticiens, en cas de besoin. A terme, on aimerait devenir un centre de santé générale et non plus seulement sexuelle, et que nos usagers puissent assurer leur suivi chez nous. Car même si on les accompagne au mieux, le fait de devoir les envoyer vers d’autres intervenants représente quand même un frein.

Le dépistage du VIH est-il gratuit?
Non, mais nos tarifs s’alignent sur le forfait établi par l’OFSP qui est de 60 francs pour le VIH pour les plus de 25 ans.

Les consultations ont lieu trois fois par semaine. Pourquoi?
Le lundi, on commence dès midi pour pouvoir proposer au plus tôt la prophylaxie post exposition (PEP), un traitement d’urgence contre le VIH, si jamais il y a eu prise de risques le week-end. Le mercredi et le vendredi, nous sommes ouverts plutôt en soirée pour que nos usagers puissent venir nous consulter avant de sortir.

Après un mois et demi d’existence, quel premier bilan tirez-vous de cette expérience?
Le fait d’avoir ouvert avant les vacances d’été nous a permis de démarrer en douceur. Actuellement, nous avons de trois à quatre usagers par séance de consultation. Cela nous a permis d’affiner nos protocoles. Différentes prestations que nous proposons, comme les consultations avec notre médecin, les dépistages ou les vaccinations, peuvent être remboursées par les assurances, mais nous prenons garde à ce que notre facturation ne provoque pas un «outing» de nos usagers. Nous assurons la confidentialité, voire l’anonymat, aux personnes qui nous consultent.

* « A l’heure actuelle, la Fondation Profa n’a pas comme projet de faire évoluer le Checkpoint Vaud en centre de santé générale pour les HSH. (Note de la Direction Profa.)

Pour en savoir plus : Checkpoint Vaud, rue du Pont 22, Lausanne, tél. 0216310176, checkpoint@profa.ch, www.checkpoint-vd.ch

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