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Des parents qui portent plainte contre leur propre enfant. Cela paraît surprenant, contre nature même, et pourtant, cela arrive. C’est ce qu’a fait Carole, une Genevoise, lorsqu’elle s’est rendu compte que la situation risquait de dégénérer avec son fils adolescent, en pleine rébellion (lire le témoignage ci-dessous). Depuis le dépôt de la plainte l’année dernière et le placement de son fils en foyer fermé quelques mois, la situation s’est stabilisée. La plainte, estime la mère aujourd’hui, a permis de mettre fin à «un engrenage de non-respect».

En l’absence de données chiffrées pour l’ensemble du pays et sur la base des plaintes déposées aux tribunaux des mineurs, il est très difficile de dire si, à l’instar de Carole, les parents sont, à l’heure actuelle, plus nombreux à s’en remettre à la justice pour régler un conflit avec leur enfant ou une situation à risque. Mais les professionnels n’hésitent pas à recommander la démarche. «Quand nous avons connaissance de situations problématiques, nous incitons en effet les parents à déposer plainte, et ainsi signifier que certains actes ne sont pas acceptables», indique Cédric Eperon, rattaché à l’état-major du Service de protection de la jeunesse (SPJ) du canton de Vaud. Ce qui ne veut pas encore dire que les parents passent à l’acte. «Ils ont du mal à franchir le pas quand il est question de tribunaux, de justice, et qu’ils deviennent les plaignants. Mais c’est à eux de faire le pas, nous ne pouvons pas leur tenir la main…» Selon Cédric Eperon, les parents sont en tout cas demandeurs d’aide et de conseils. Mais face à un enfant qui devient violent, que ce soit verbalement ou physiquement, la solution n’est pas toujours simple. «Répond-on à leur demande? Ils voudraient un remède magique, que nous leur rendions le jeune comme il était avant…»

Détresse, délits et pétition

Outre-Sarine, des chiffres inquiétants sont venus gonfler le débat sur ces jeunes en crise majeure avec leurs parents. L’organisation Elternnotruf, qui propose un service d’appel aux parents en détresse, a indiqué avoir enregistré 244 cas de parents battus par leurs enfants en 2010, une nette augmentation par rapport aux 182 cas enregistrés en 2009. Au total, l’organisation a consigné près de 3900 prises de contact. Les parents victimes de violences, basés à Zurich dans leur grande majorité, ont fait état de comportements très préoccupants et effrayants chez leurs enfants. Les familles concernées seraient, pour beaucoup, isolées, notamment en raison de leur origine étrangère, ou monoparentales, relève Elternnotruf.

Au printemps de l’année dernière, les Jeunes libéraux-radicaux de Saint-Gall ont lancé la pétition «Jugendgewalt stoppen» (Arrêter la violence des jeunes). Le texte réclame un renforcement des sanctions pénales à l’encontre des mineurs. Il relève, en substance, que «les violences des jeunes ont toujours existé. Ce qui est nouveau, c’est que des personnes inconscientes et à terre soient frappées et que les jeunes s’organisent en bandes pour vandaliser. Il faut mettre fin à ce genre d’actes. Ce n’est qu’en étant punis de manière conséquente que les jeunes tabasseurs comprendront qu’il y a des limites.» «Peu m’importe qu’un délit violent soit commis par un mineur de 16 ans ou par quelqu’un de plus âgé. Chacun devrait avoir à assumer les conséquences de ses actes», a déclaré, de son côté, la jeune PLR saint-galloise Dominique Läser.

La pétition a fait beaucoup parler et aurait, selon ses initiants, été accueillie avec enthousiasme. En Suisse romande, elle laisse plus ou moins sceptique. Sans aucun doute aguerri par son expérience à l’exécutif, le maire PLR de Genève, Pierre Maudet rejette l’idée d’appliquer la justice des adultes aux mineurs. Mais précise être «également partisan de mesures visant à renforcer l’autorité parentale, y compris de manière assez contraignante, notamment lorsqu’il s’agit de convoquer les parents devant l’enseignant ou d’imposer des cours de langue pour leur permettre d’établir une relation directe avec celui-ci et donc de conserver une autorité de fait sur l’enfant, ou encore en associant les parents à la démarche de réparation des actes de l’enfant».

Outre-Sarine encore, la directrice de l’Instruction publique du canton de Zurich, la socialiste Regine Aeppli a tout récemment fait part de sa volonté d’imposer aux parents d’élèves agressifs des cours sur la prévention de la violence. De quoi alimenter la polémique sur des parents absents ou trop laxistes. «C’est parfois vrai, mais le raccourci reste trop facile, réagit Cédric Eperon, du SPJ du canton de Vaud. Mettre des limites aux jeunes, ce n’est pas toujours évident.»

Des ateliers pour parents

Alcool, effet de bande, violences survenant plus jeunes, multiplication des agressions à l’arme blanche, autant d’éléments en hausse ces dernières années. Face à ces problèmes, l’accent est mis sur la prévention. A la demande du SPJ vaudois, la Fondation Jeunesse et Famille a ainsi élaboré des ateliers pour les parents. Parallèlement, des Conseils régionaux de prévention et de sécurité (CRPS), créés par les préfets vaudois, rassemblent membres du corps enseignant, autorités et associations de prévention et convient les parents à des séances d’information. «Ces derniers sont très preneurs des rappels et des conseils qui sont prodigués», indique Etienne Roy, préfet du district de l’Ouest lausannois.

«Toutes ces démarches me rendent optimiste sur l’évolution de la situation», note Cédric Eperon. A Fribourg, le juge des mineurs Michel Lachat, président de la Conférence latine des juges des mineurs, refuse, lui aussi, de peindre le diable sur la muraille, soulignant que le nombre de plaintes envers les mineurs est en baisse dans son canton. Il y voit le fruit de la prévention instaurée. Et avance l’hypothèse que les parents d’aujourd’hui sont peut-être plus facilement déboussolés qu’avant, que le seuil de tolérance dans l’ensemble de la société a baissé. Il tient à saluer l’immense majorité des jeunes du pays, qui n’a pas affaire avec la justice. «Seule une poignée de récidivistes pose problème. Notre jeunesse se porte plutôt bien, et ce n’est pas si facile de bosser aujourd’hui. J’ai vraiment du respect pour tous ces jeunes qui terminent leur apprentissage.»

Si les professionnels veulent rester optimistes, la thématique n’a pas fini d’agiter les esprits. Le 9 mars prochain, une conférence nationale sur le thème est prévue à Berne. Doivent notamment être débattus l’harmonisation éventuelle des stratégies cantonales, mais aussi les moyens d’accéder aux parents et de leur venir en aide.

  • En Suisse romande, «SOS Enfants» à Genève propose une permanence téléphonique au 022 312 11 12 trois jours par semaine, www.sos-enfants.ch
  • Conférence nationale «Jeunes et violence», http://jeunesetviolence.ch

«Si je n’avais pas agi, on s’entre-tuait dans les six mois»

Carole*, 38 ans, Genève. A porté plainte contre son fils alors âgé de 16 ans.

«Avec mon fils, Pierrick*, j’ai toujours eu une relation très forte, fusionnelle. Son père et moi, nous nous sommes séparés alors qu’il avait moins de 2 ans. Mon ex-mari est ensuite revenu dans la vie de mon fils, mais de manière instable. Nos vues divergentes sur l’éducation ont sûrement placé mon fils dans une situation difficile. En jargon psy, on appelle cela un conflit de loyauté…

Pierrick avait 7 ans quand son demi-frère est né. Il s’entendait alors très bien avec mon mari. Moi, je réalisais mon rêve, avoir enfin une famille unie. Mais je savais que ce ne serait pas facile. Pierrick a toujours été réfractaire à l’autorité, il avait des difficultés à l’école. C’est au cycle que tout a explosé. Surtout à partir de la 8e, vers 12-13 ans. Il fallait qu’il fasse sa place. Si on le cherchait, il répondait en se bagarrant. Il est devenu très agressif envers mon mari – «t’es pas mon père, t’as rien à me dire!» Moi, j’essayais de mettre des limites, mais il devenait aussi agressif envers moi.

Il invitait des copains pour fumer, fichait le bazar, se révoltait contre nos règles de vie. Je finissais parfois par le mettre dehors. Il s’est mis à fuguer. Les premières fois, je me rongeais les sangs, je ne dormais plus. Les conflits ont augmenté de plus belle. Il s’est même fait même renvoyer des cours. C’était une accumulation de choses, il perdait des objets de valeur qu’il avait empruntés sans rien nous dire. Mon mari a laissé tomber, se désintéressant de Pierrick. Moi, je lui disais que jusqu’à ses 18 ans, je n’allais pas le lâcher. Cela m’obnubilait, mon couple en a souffert. Mais c’était mon fils! Il devait passer avant tout le reste.

J’étais en contact avec une assistante sociale qui me conseillait de porter plainte. Un jour, je lui avais interdit de rentrer avant une certaine heure. Il n’avait pas la clé et a défoncé la porte vitrée de la cuisine. Une autre fois, j’ai perdu le contrôle et levé la main sur lui. Il a tenté de me frapper. Cela aurait pu mal tourner. J’ai compris que si on ne faisait rien, on s’entre-tuait dans six mois.

J’étais dans un état d’angoisse terrible. Je ne voulais pas remettre mon fils dans des mains inconnues, mais la situation m’échappait. J’avais peur de le perdre, peur que ça empire. Ce n’était plus possible de l’avoir à la maison. Heureusement, l’assistante sociale m’a soutenue et nous avons travaillé ensemble pour faire une proposition au juge. J’ai fini par porter plainte pour agression physique et dégâts matériels. Son père aussi a porté plainte; lors d’une dispute, Pierrick avait sorti un canif et ils s’étaient battus.

Au tribunal, j’ai retiré ma plainte, mais le juge a retenu l’agression de Pierrick contre son père et ordonné son placement en foyer fermé, comme nous l’avions décidé lors d’une table ronde. Ça l’a rendu fou, il s’est mis à taper dans la porte du Palais de justice. Nous pensions tous qu’il allait partir, mais il est monté sans un mot dans ma voiture pour que je l’amène au foyer.

Je me suis sentie horriblement coupable de l’enfermer. Mais j’ai tenu bon. Il s’est révolté les premières semaines, en refusant les activités, en restant enfermé dans sa chambre. Au fil des semaines, il s’est ouvert, a fini par accepter les règles que nous avions instaurées comme condition pour son retour. Je dois dire qu’ici, à Genève, j’ai été formidablement entourée, soutenue.

Aujourd’hui, il est de nouveau à la maison. La violence n’est pas comparable à avant. Emotionnellement, j’ai appris à ne plus foncer tête baissée dans le conflit. J’ai demandé l’aide d’un coach éducateur. Il vient régulièrement; il nous aide à dialoguer, à améliorer la situation familiale et à aider mon fils à construire sa vie professionnelle. Entre mon mari et Pierrick, cela reste tendu, mais j’ai l’espoir que les choses s’améliorent. Il arrive même que mon fils me prenne dans ses bras ou me donne un bisou. Là, c’est le bonheur.»

* prénoms fictifs

Des chiffres en légère hausse

En 2010, il y a eu 15 646 jugements pénaux de mineurs, dont 10 595 pour infraction au Code civil. Les autres cas sont des infractions liées aux stupéfiants, à la route et à la loi sur les étrangers. Les chiffres sont en légère hausse par rapport aux années précédentes. Dans le même temps, une étude de la SUVA montre que les actes de violence prédominent chez les jeunes de 15 à 24 ans. Les blessures causées lors d’altercations violentes ne deviennent fréquentes qu’à partir de l’âge de 17 ans, et le nombre de lésions graves s’accroît avec l’âge. La tendance serait en forte augmentation depuis le milieu des années 90. Enfin, la proportion d’adolescentes impliquées dans des actes de violence est passée de 7 à 12% entre 1999 et 2009. Sources: SUVA, OFS

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