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«Chaque soir, c’est le même rituel: je me prépare une soupe en me disant que cela doit me suffire parce que j’ai du poids à perdre, puis je fonce me laver les dents en pensant que cela va me dissuader de ravaler quoi que ce soit. Mais quelques heures plus tard, une fois couchée, c’est plus fort que moi: il faut que je me lève et que je mange. Du pâté, du fromage, des biscuits, du lait… J’en ai envie et besoin, sans quoi je sais que je ne pourrai pas me rendormir. Et chaque lendemain matin c’est pareil: je m’en veux, je me dis que je ne remangerai plus comme ça, je me mets au régime… jusqu’au soir où, une fois sur deux, je craque à nouveau.» La quarantaine rondelette, Amandine raconte le quotidien type d’une hyperphage nocturne. «1 à 2% de la population générale serait concernée, et de 10 à 15% de la population obèse», explique Lucie Favre, médecin au CHUV, à Lausanne.

Après une journée épuisante, stressante ou trop faible en apport calorique, nous pouvons tous, une nuit, ressentir le besoin de nous lever pour boire du lait ou grignoter du pain. Mais quand cela se répète au moins deux fois par semaine et que les quantités absorbées représentent environ 30% de la nourriture avalée en vingt-quatre heures, on parle alors d’hyperphagie nocturne. Il en existe trois types: la forme compulsive, qui consiste à manger très vite une quantité très importante d’aliments appréciés (souvent gras et sucrés); la forme du grignotage, qui consiste à se lever plusieurs fois pour manger de petites quantités mais qui, bout à bout, représentent une somme aussi importante que dans la forme compulsive; enfin, la prise alimentaire nocturne effectuée dans une crise de somnambulisme – mais ce dernier cas est extrêmement rare et trouve son origine dans un trouble du sommeil.

Les deux cas de figure les plus courants relèvent, eux, des troubles du comportement alimentaire. Ils sont souvent liés à une grande restriction alimentaire en journée dans une optique de régime. Le problème c’est que, la nuit, notre capacité de contrôle est diminuée et le corps réclame ses calories. D’autres troubles sont associés , comme les troubles du sommeil. Mais ce ne sont pas les seuls: «Un fond anxieux ou dépressif plus ou moins marqué est presque toujours présent chez ces patients, confirme Lucie Favre. Dans tous les cas, ce sont des personnes qui ont une très faible estime d’elles-mêmes, aggravée par un grand sentiment de culpabilité face à leur perte de contrôle.» Elles en ont d’autant plus honte que leurs proches ne sont généralement pas au courant puisque cela se passe la nuit et/ou quand elles sont seules.

Sonder sa motivation

L’obésité est le premier risque qui menace les hyperphages nocturnes, et, avec elle, le diabète, l’hypertension artérielle, les maladies cardiovasculaires… Pour en finir avec ce trouble, il s’agit d’abord d’en cerner l’origine.

Lucie Favre conseille de commencer par s’interroger: «Est-ce la sensation de faim qui m’assaille parce qu’elle n’aurait pas été assouvie du fait d’un régime suivi le jour? Et si ce n’est pas la faim, qu’est-ce? L’ennui? Le sentiment de solitude? La peur de ne pas me rendormir? Le besoin de me calmer et de me rassurer?»

Réapprendre à manger

Si la faim tient à une restriction alimentaire en journée, il s’agira de réapprendre à manger de manière apaisée et régulière: retrouver le goût et le plaisir de tous les aliments sans en diaboliser aucun; privilégier les copieux déjeuner, dîner et goûter. Car, paradoxalement, un gros souper ne freinera pas la fringale nocturne, et ne fera qu’aggraver le risque d’obésité et des maladies associées. S’efforcer aussi de prendre son dernier repas avant 20 heures afin de se remettre à l’écoute de son organisme (il ralentit après 17 heures, donc devient moins apte à gérer les aliments). Eviter le sucré le soir, qui «appelle» le sucré quelques heures plus tard, et préférer des protéines et des légumineuses, plus lentes à digérer, mais en petite quantité! L’objectif est de renouer avec un rythme nutritionnel sain.

Des réflexes sont à prendre, comme ne plus manger devant la télé: manger doit être une activité en soi, faite en conscience, tranquillement. De même, éteindre tous les écrans au moins une demi-heure avant de se coucher, puis lire, méditer, contempler en silence, éventuellement sortir marcher un peu, mais sans faire d’effort. Apprendre à réduire son niveau de stress est une priorité.

La nuit, toute la difficulté est de résister à la compulsion. Pour cela, commencer par boire de l’eau qu’on aura laissée à portée de main, puis se concentrer sur ses sensations physiques et sur sa respiration. Puis, progressivement, tenter de la ralentir, de la faire descendre vers le ventre pour le «remplir» à chaque inspiration et se sentir apaisé à chaque expiration.

Si les crises persistent, il est indispensable de consulter un médecin ou un service spécialisé en troubles du comportement alimentaire. Quelques séances de thérapie de groupe ou individuelles suffisent généralement pour en finir avec cette habitude aussi délétère pour la santé physique que psychique.

Conseils aux proches

Très souvent, les personnes qui se lèvent la nuit pour manger le font en toute discrétion. Néanmoins, les proches peuvent en être informés soit directement, soit par des signes qui alertent: la personne grossit beaucoup alors qu’elle mange très peu en journée, le matin elle est souvent fatiguée et susceptible ou triste (parce qu’elle culpabilise)… En abordant le sujet avec elle, il faut toujours garder à l’esprit que ce comportement est une grande source de honte et de dégoût de soi. On évitera donc les jugements et les conseils péremptoires. Il s’agit d’offrir un soutien apaisant: l’écouter en parler sans intervenir, proposer d’être là quand elle sent qu’une crise la saisit. Et donner l’exemple en jouant le jeu des soirées calmes, en préparant et en mangeant avec elle à heures fixes des repas sains, bons, et pris dans la convivialité. Enfin, on peut aider en encourageant à franchir le cap de la prise de rendez-vous chez un spécialiste.

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