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#FeminaOpinion: Pardonnez-moi, je suis mince

Jean femme gris
© Getty

«Puis-je ajouter une double portion de frites à cela, s’il vous plaît?» Aussitôt, les yeux s’écarquillent, les sourcils se redressent et les joues se creusent. Même la serveuse semble surprise en acquiesçant gentiment ma commande. «Mais comment peux-tu manger ainsi et rester aussi maigre?» s’exclame ma voisine de table. En guise de réponse, je hausse les épaules, marmonne une vague explication au sujet d’un métabolisme «un peu hyperactif» et insiste sur le fait qu’il m’arrive de manger «comme un ogre», expression peu raffinée que je voudrais faire sonner comme un aveu. Je m’excuse sans m’excuser. Comme je le fais quasiment toujours.

Le paradoxe est presque comique lorsque se produit la situation opposée.

«Mais tu ne veux pas terminer ton assiette?» s’inquiètent mes amies, soucieuses, lorsque je daigne abandonner un demi-gnocchi au fond de mon plat.

Repue depuis longtemps, (le gorgonzola, c’est plutôt lourd et je ne suis pas la plus grande fan des pâtes, que Dieu me pardonne…) je tente de leur obéir. Il faut bien les rassurer, car elles ont raison… n’est-ce pas?

De toute façon rien n’y fera: je ne peux plus compter les fois où, adolescente, j’ai tenté d’augmenter ma ration alimentaire quotidienne dans l’espoir de prendre un peu de poids. Les régimes inversés ne fonctionnent pas: que je m’impose un jeûne d’une semaine ou que je m’abonne aux Cheeseburgers, la balance affichera toujours le même petit nombre. Et pour tout vous dire, la plupart du temps, je suis très contente comme cela.

«Vous êtes trop menue, mademoiselle»

Afin de dire les choses clairement, je suis mince. Beaucoup considèrent certainement que je le suis un peu trop. Cela ne me dérange plus, j’ai l’habitude. A 16 ans, quelques filles moqueuses se permettaient volontiers de me comparer à un «os». Mais lorsqu’enfin le temps me pourvut de mon corps de femme et que je me sentis en harmonie avec celui-ci, je fus surprise de constater que les commentaires ne s’étaient pas évaporés. Car le poids, qu’il soit jugé insuffisant ou excessif, est une source constante de méchancetés, de comparaisons, de critiques et de jugements. Nous en faisons une véritable obsession qu’il serait urgent d’envoyer paître.

Quittons un instant le cadre du restaurant pour s’aventurer dans les cabines d’essayage de ma boutique préférée.

«Vous êtes trop menue, mademoiselle, cette robe ne vous ira pas», m’annonce tranquillement la vendeuse. Choquée? Vexée? Tant pis. Tu es mince, alors tu n’as pas le droit de te plaindre.

Inutile de vous expliquer à quel point j’ai honte lorsque j’essaie un jean taille 34 et que mes fesses s’y noient littéralement. Il me semble que ce sentiment est comparable à celui qu’éprouve une femme qui ne parvient pas à boutonner le sien. Mais imaginez-vous une vendeuse annoncer à une cliente qu’elle est «trop voluptueuse pour cette robe»? Certainement pas. Imaginez-vous demander à une amie si elle est «sûre de vouloir terminer son assiette?» Jamais. A moins d’avoir des certaines lacunes en diplomatie ordinaire. Et en courtoisie.

Toutes les femmes sont belles

Nous considérons trop facilement que lorsqu’une fille ne possède pas de poignées d’amour, elle n’a forcément aucun complexe et peut bien supporter quelques critiques. Mais juger une femme mince est aussi mal placé que juger une femme ronde. Un corps est un corps, et tant que celui-ci est en bonne santé, tant que le nombre qu’affiche la balance n’est qu’un indicateur de notre silhouette et non de notre moral, le poids des autres ne nous concerne pas.

«Big Girl, you are beautiful», chantait déjà Mika en 2007. Il avait raison. Les mannequins arpentant les catwalks se ressemblent trop, imposant la minceur comme canon de beauté à présent très controversé. Il faut que les magnifiques courbes féminines plus généreuses réimposent leur place sous le feu des projecteurs, gagnent enfin les pages des magazines et les affiches publicitaires. Il faut évidemment que nous acceptions toutes les formes de corps, car toute femme est belle, et cela peu importe sa morphologie. Et les campagnes qui nous réconcilient avec notre physique, mettant à l’honneur les «muffin tops», tailles L et bonnets D sont indispensables à ce progrès. A condition que les femmes maigres, autrefois jugées «taille mannequin», n’en fassent pas les frais.

On en a (toutes!) marre de la dictature de la balance

Il ne faut pas rigoler avec le poids. Déculpabilisons les formes, oui, mais ne changeons pas de cible au passage. Laissons les maigres tranquilles, car bon nombre d’entre elles ne le font pas exprès. Une taille 34 n’est pas le automatiquement synonyme de régime feuille-de-salade-et-eau-plate. Une taille 34, parfois, c’est juste une fille qui mange normalement, qui a des complexes et qui peine à trouver des vêtements qui lui vont. Comme tout monde.

Nous commençons sérieusement, rondes et maigres confondues, à nous lasser des sempiternelles critiques, de l’éternelle quête du poids parfait que nous n’atteindrons jamais. Il y aura toujours quelqu’un pour nous trouver trop mince ou trop grosse. Il y aura toujours mieux et moins bien que nous, puisque les termes «mieux» ou «moins bien» sont foncièrement subjectifs. Concentrons-nous surtout sur tous ceux qui nous trouvent belles; car des femmes, il y en a pour tous les goûts, et heureusement.

Sourions-nous les unes aux autres, distribuons des compliments sincères à celles qui nous entourent. Dire «Tu es rayonnante ce matin» à une collègue peut carrément changer le cours de sa journée: peut-être a-t-elle poussé un juron avant de se rendre au travail, en réalisant qu’elle n’entrait plus dans sa jupe, ou que sa robe était devenue trop large. Filons de ce pas ranger nos balances dans un coin moins visible et prenons soin de notre santé autrement qu’en jonglant avec les chiffres. Faisons en sorte que la beauté dépasse ce fichu nombre de kilogrammes: la dictature du poids, ce n’est que toutes ensemble que nous parviendrons à la bannir.


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