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Interview de Jocelyne Bloch: l'avenir écolo de la neurochirurgie

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© Getty Images

FEMINA Vous êtes spécialisée en neurochirurgie fonctionnelle. Quels sont vos domaines d’intervention?
DR JOCELYNE BLOCH
Pour faire simple: le cerveau, la moelle épinière ou les nerfs. Mon rôle est d’améliorer une fonction neurologique par un acte chirurgical. Dans mon viseur, on trouve notamment la maladie de Parkinson ou les paralysies suite à des AVC. Mon principal outil est la neuromodulation, une technique qui consiste à modifier les influx électriques échangés par les neurones. Grâce à des électrodes implantées dans le système nerveux, il est en effet possible de «moduler» les circuits défectueux. Cela marche particulièrement bien sur les douleurs chroniques, les tremblements invalidants ou les personnes atteintes d’une maladie de Parkinson. Ce domaine thérapeutique est en pleine expansion car on comprend de mieux en mieux comment et où stimuler.

Mais que vient faire l’écologie là-dedans?
Nous savons déjà depuis longtemps améliorer le fonctionnement du système nerveux par la chirurgie. Par contre, ce qui est nouveau et beaucoup plus écologique, c’est l’écoute des circuits neuronaux de chaque patient. Cela nous permet de personnaliser les thérapies et d’adapter la stimulation à chaque cas particulier. Les technologies se miniaturisent, les électrodes changent, les stimulateurs et les programmes de stimulation se perfectionnent. Au final, nous pouvons désormais intervenir de façon personnalisée, ce qui n’aurait pas été possible il y a encore cinq ans.

Mais n’est-ce pas une évolution logique de la médecine?
Oui, on sent qu’il y a un mouvement vers cela. Les fameux 3 R de l’écologie («Réduire, Réutiliser, Recycler») s’appliquent parfaitement bien à la neurochirurgie fonctionnelle. On réveille des circuits endormis, on réduit la taille des stimulateurs implantés. Je travaille aussi avec mon collègue biologiste Jean-François Brunet sur un projet de thérapie cellulaire qui est la parfaite adaptation du «Recycler»: nous prélevons des cellules cérébrales que l’on met en culture avant de les réimplanter dans une zone lésée. C’est de la neurochirurgie fonctionnelle écologique! On utilise les propres ressources de l’individu pour l’auto-traiter.

Concrètement, qu’est-ce que ça va changer dans la prise en charge du patient?
Prenons l’exemple d’un patient qui a subi un AVC et qui reste paralysé d’un côté. La rééducation va favoriser la plasticité cérébrale du patient qui s’améliorera jusqu’à un certain point. C’est la première approche écologique. Ensuite, il est nécessaire de trouver d’autres stratégies qui permettront au malade de regagner plus de fonction neurologique. On envisagera alors une transplantation cellulaire, une stratégie de stimulation électrique de son système nerveux ou une conjonction de plusieurs approches. Il s’agit de rester à l’écoute de chaque individu et d’adapter au mieux le traitement à sa propre situation. C’est essentiel. Le but ultime reste de lui permettre de regagner un maximum d’autonomie et d’améliorer considérablement sa qualité de vie.

Que peut-on alors imaginer pour l’avenir?
La neurochirurgie écologique cherchera à exploiter davantage et mieux encore les ressources du corps pour aider le patient de manière toujours plus adaptée. Où trouver du fonctionnel qui peut encore être utile? Nous sommes loin d’être au bout du chemin, il y a encore beaucoup de développements à faire. Je suis convaincue que nous assisterons dans la prochaine décennie à l’éclosion de nouvelles technologies et d’applications qui bénéficieront à la population dans des pathologies comme la maladie de Parkinson, les AVC, les paralysies.

Améliorer ces techniques demandera des compétences multiples non?
Absolument! La neurochirurgie écologique implique la multidisciplinarité. Elle fait certes appel à des médecins, mais aussi - et avant tout - à des ingénieurs, des physiciens, des biologistes de haut niveau. Aucun d’entre nous n’est capable de réaliser l’ensemble de la thérapie, mais chacun donnera le meilleur de lui-même dans son domaine d’expertise. Il s’agit de trouver un bon chef d’orchestre, faire naître la confiance mutuelle et investir beaucoup de passion. C’est comme ça que naîtront de nouvelles stratégies thérapeutiques. Nous avons la chance, sur l’arc lémanique, de disposer de deux hôpitaux universitaires et, surtout, de l’école polytechnique. C’est à l’EPFL, avec les différents professeurs du centre de neuroprosthétique et leurs équipes, que la majorité des développements se font et se feront.

Profession neurochirurgienne

Originaire de Bâle, la doctoresse Jocelyne Bloch a suivi ses études de médecine à Lausanne. Si elle exerce son art au service de neurochirurgie du CHUV, elle est très impliquée dans la recherche et travaille notamment sur un projet de thérapie cellulaire mené avec son collègue le biologiste Jean-François Brunet. Il s’agit de prélever des cellules cérébrales pour les mettre en culture avant de les réimplanter dans une zone lésée. Autre aspect de son travail, elle collabore avec le groupe du professeur Courtine de l’EPFL à un projet visant à stimuler la moelle épinière pour améliorer le sort des patients paraplégiques.

Je suis une femme Femina: le choix de Jocelyne Bloch

Suite de notre série d’articles dans le cadre de l’opération #JeSuisuneFemmeFemina.

«J’avais envie de partager avec vous mon activité professionnelle. Plus qu’un métier, c’est un moteur de vie, une passion dont je ne me lasse pas et qui m’anime depuis 20 ans. Vais-je vous convaincre que l’on peut explorer le système nerveux et moduler les circuits neuronaux en respectant l’identité de chaque malade et en appliquant quelques règles simples d’écologie? Nous avons tous en nous des ressources autoréparatrices, alors à nous de les stimuler!»


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