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Les femmes ont envie de parler de sexualité avec leur gynécologue, mais elles n’y arrivent pas. Elles ont le sentiment que leur médecin évite le sujet en consultation. Qu’il se focalise sur l’aspect physiologique de leur intimité. Pourtant, le spécialiste des organes génitaux n’est-il pas a priori l’interlocuteur privilégié pour aborder la question? Ce paradoxe est l’une des conclusions préliminaires de la thèse d’Angélick Schweizer. Assistante diplômée en psychologie de la santé à l’Université de Lausanne (UNIL), cette Lausannoise a choisi de consacrer son doctorat au décalage entre attentes des unes et pratique des autres. Car lorsqu’ils parlent sexualité, patientes et médecins ne «s’entendent» pas.

«Les recherches sur le sujet montrent que les médecins ont de la peine à intégrer des questions d’ordre sexuel dans leur consultation. Or, les femmes ne séparent pas l’aspect purement physiologique de la sexualité de la vie sexuelle», explique la chercheuse. Pour le vérifier, cette dernière a réuni des groupes de discussion composés de femmes domiciliées en Suisse. Après un appel à témoins lancé fin2011 sur le site Internet de Femina, Angélick Schweizer a récolté les impressions de 16 lectrices, âgées de 21 à 63 ans.

Les résultats de cette première partie de son étude sont édifiants: presque toutes les participantes regrettent de ne pas pouvoir parler librement de sexualité avec ce spécialiste avec qui elles ont une relation de confiance, et qui les suit souvent depuis longtemps. «Il y a un lien particulier qui lie les patientes à leur gynécologue, remarque la doctorante. La plupart lui sont fidèles; il les suit depuis l’adolescence et les a accompagnées durant leurs grossesses. Mais j’ai l’impression qu’elles se mettent dans une position de passivité, qu’elles attendent que le médecin initie la conversation et si ça n’arrive pas, tant pis. Elles ressortent du cabinet déçues et soit enfouissent leurs questions au plus profond d’elles-mêmes, soit vont chercher des réponses sur Internet. Mais elles se retrouvent seules pour mener leur réflexion.»

Formation insuffisante

Au cours de leurs études, constate Angélick Schweizer, les futurs gynécologues sont peu formés à la sexologie. Quelques heures à peine sur leur cursus. «Certains médecins n’ont même pas le vocabulaire pour parler de sexualité. L’une des participantes à l’étude m’a raconté que son gynéco dit: «La chose, comment ça va?» pour parler sexe», raconte la doctorante. D’autres poussent la maladresse jusqu’à la grossièreté, comme ce spécialiste qui, à une patiente se plaignant d’avoir mal pendant l’examen gynécologique, lance: «Mais madame, il faut faire l’amour!» Ou encore cet autre qui, en toute fin de consultation, demande, tout en écrivant son ordonnance: «Et au niveau sexuel, pas de questions?»

«Les femmes ont souvent l’impression que le médecin, quel que soit son âge ou son sexe, n’a pas le temps ou que les questions vont l’embarrasser car il ne semble pas à l’aise avec le sujet, explique la psychologue. Dans ces circonstances, il leur est extrêmement difficile, voire impossible d’initier elles-mêmes la discussion. Elles aimeraient que ce soit lui qui pose la question, clairement, en leur laissant le choix de répondre, ou qu’il les oriente vers un autre spécialiste.» Or, c’est précisément là que le bât blesse. Sur les 16 participantes, une seule a déjà consulté un sexologue. Et elle l’a fait de son propre chef. «Les gynécologues eux-mêmes ont une méconnaissance des sexologues, confirme la chercheuse. Quant aux patientes, elles trouvent trop stigmatisant de pousser la porte d’un cabinet marqué «Sexologie». Peut-être qu’une solution serait d’aménager la consultation gynécologique avec la présence d’un sexologue dans le cabinet.» Les médecins y seraient-ils prêts? La question reste ouverte. L’étude d’Angélick Schweizer devrait apporter une réponse.

A lire pour en savoir plus

  • Le chœur des femmes, de Martin Winckler, Ed. Gallimard, Collection Folio, 682 p., 15 Sfr. 30.
  • L’intelligence érotique, d’Esther Perel, Ed. Robert Laffont, 313 p., 36 Sfr. 80.

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