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Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on vous calomnie de toutes manières à cause de moi. Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux.» Ce passage des Béatitudes (Matthieu 5, 3-12), certains catholiques ne veulent plus l’entendre. Ces derniers temps, ils ont multiplié les actions coup-de-poing contre des œuvres jugées blasphématoires. À Paris, des centaines d’entre eux, emmenés par l’institut de mouvance traditionaliste Civitas, ont manifesté contre la pièce Sur le concept du visage du fils de Dieu, de l’Italien Romeo Castellucci. À Toulouse, plus de 150 «ultra-catholiques» ont perturbé le déroulement de la pièce Golgota Picnic.

Au printemps dernier, c’est la photo Immersion (Piss Christ), de l’artiste américain Andres Serrano, qui a été abîmée dans le bâtiment d’Avignon où elle était exposée. La poignée d’individus munis de couteaux qui a commis le forfait n’a pas hésité à agresser les gardiens pour atteindre son but. L’image, un crucifix baignant dans du sang et de l’urine, hante les gros titres depuis qu’elle a été dévoilée, en 1987, et a déjà été abîmée à plusieurs reprises, en Australie et en Suède.

Les «ultra-catholiques», ou intégristes, dont certains, comme les fidèles de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), qui ont leur séminaire à Ecône, en Valais, ne se reconnaissent pas dans l’Eglise catholique actuelle, sont connus pour leurs actions parfois violentes contre, notamment, les rassemblements homosexuels. En 2001, les traditionalistes avaient manifesté contre la Gay Pride à Sion, et l’année dernière, des affrontements violents ont opposé catholiques et homosexuels sur le parvis de Notre Dame de Paris. Cette fois-ci, ils dénoncent la «christianophobie» de la société occidentale et ses œuvres «blasphématoires». D’abord silencieuse, la hiérarchie catholique a, en France, fini par s’exprimer de manière discordante, certains évêques disant leur dégoût envers ces pièces, d’autres appelant à l’apaisement des esprits.

Ce qui touche au blasphème

Depuis New York, Andres Serrano se défend d’avoir voulu provoquer et rappelle que, élevé dans la religion catholique, il a gardé la foi chrétienne. Par e-mail, il évoque sa volonté que «l’Art religieux, qui n’est plus populaire dans l’Art contemporain, reprenne sa place». «Très surpris» par les réactions violentes envers Piss Christ, il souligne que beaucoup, «croyants ou pas, la trouvent belle et inspirante.» Il fut un temps, rappelle-t-il, «où toutes les œuvres d’Art majeures étaient d’inspiration religieuse. Mais aujourd’hui, la religion n’est pas un thème populaire dans l’Art contemporain. Et par ailleurs, certains chrétiens ne s’intéressent pas à l’Art religieux, sauf s’il fait polémique. Moi, je veux que l’Art religieux redevienne de l’Art.»

Tous les catholiques ne se reconnaissent évidemment pas dans ces protestations spectaculaires, auxquelles les médias donneraient trop d’importance. Selon la peintre catholique Catherine Axelrad, dont le tableau Nativité en rouge et or orne actuellement les banderoles de l’Avent du diocèse de Paris, «il faut faire la distinction entre la réaction des intégristes et celle de chrétiens plus ouverts à d’autres courants de pensée. Pour les intégristes, est «blasphème» tout ce qui remet ouvertement en cause tout interdit ou article de foi. Leur réaction me paraît de même nature que celle de ceux qui, parmi les musulmans, ne supportent pas les caricatures de Mahomet.»

Reste que nombre de croyants admettent être blessés ou choqués, tout en rejetant la manière dont les traditionalistes expriment leur colère. Catherine Axelrad se souvient avoir été heurtée par un tableau représentant un Mickey crucifié. L’œuvre, du Russe Alexander Savko, a été interdite d’exposition dans plusieurs pays ces dernières années. «Peut-être que ce qui rapproche malgré tout les intégristes et les autres chrétiens, c’est la souffrance, poursuit la peintre. Les croyants ont une réaction d’amour blessé devant le Christ insulté. Pour eux, celui-ci aime tous les hommes, y compris ses persécuteurs… Et j’ajoute qu’aujourd’hui, dans le monde, beaucoup de chrétiens sont effectivement persécutés, et qu’il m’arrive d’avoir le sentiment que c’est aussi eux que l’on insulte en insultant le Christ ou même l’Eglise.»

Des croyants qui dialoguent

Selon elle, la sécularisation de la société joue également un rôle dans l’amplification des réactions. «Nous vivons aujourd’hui en Europe dans une société laïque, déchristianisée, et les gens supportent d’autant moins les critiques qu’ils se sentent en position de minorité.» François Boespflug, professeur d’histoire des religions à la Faculté de théologie catholique de l’Université de Strasbourg, y voit, lui, plutôt le signe que les artistes, croyants ou non, continuent d’être fascinés par le christianisme, qui est d’autant plus attaquable qu’il est une religion de l’image (lire ci-dessous).

En Suisse, la conseillère nationale vaudoise Ada Marra, qui ne fait pas mystère de sa foi, dit qu’«il arrive effectivement que certaines images blessent mon sens du sacré. Quand je vois la photo de Benetton avec le Pape qui embrasse un imam, cela me choque, et ce d’autant plus que c’est à des fins purement mercantiles.» La Fribourgeoise Marthe Grandjean, fidèle catholique, se dit elle aussi choquée par des images comme celles de Benetton. «Mais elles ne me blessent pas dans ma foi, précise-t-elle. Alors que des œuvres contenant des propos blasphématoires contre la personne du Christ m’offensent véritablement. On touche alors à ce Dieu incarné en qui je crois.»

Ces femmes catholiques rejettent clairement toute action violente. «Je prône la liberté d’expression, et elle vaut aussi pour des artistes avec lesquels je ne suis pas d’accord», souligne Ada Marra. Pour la peintre Catherine Axelrad, «il faudrait plutôt réagir par l’invitation au dialogue! Les chrétiens doivent être capables d’entendre les remises en cause, ne serait-ce que pour pouvoir y répondre. D’après mon expérience, une adhésion réelle à la foi ne peut advenir qu’après que l’on est soi-même passé par cette remise en cause. À condition, bien sûr, que ces remises en question relèvent d’une recherche authentique.» Selon elle, il ne faut pas croire que les croyants ne s’intéressent pas à ces thématiques. «Plusieurs catholiques que je connais sont allés voir la pièce de Castellucci, et je crois qu’ils l’ont trouvée très bien!»

Signe des temps? En France, la presse, catholique, comme La Croix, mais aussi généraliste comme Le Monde, Le Figaro ou Paris-Match, s’est largement fait l’écho du débat, en donnant la parole à des spécialistes et des anonymes, croyants ou non. Le site du théâtre parisien du Rond-Point (http://ventscontraires.net/), est alimenté par de nombreuses réactions. Surtout, les catholiques intégristes ne sont plus les seuls à faire entendre leur voix: dimanche dernier, des fidèles lambda, mais aussi des protestants et quelques musulmans, selon les médias présents, sont descendus dans les rues de Paris. Quelques jours auparavant, plus de 7 500 personnes ont participé à une veillée de prière à Notre-Dame de Paris. Dans son homélie, le Cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, a rappelé aux fidèles que la croix du Christ était la «fierté» des croyants.

En Suisse, la Conférence des évêques suisses indique, par la voix de son porte-parole, Walter Müller, n’avoir reçu aucune demande de prise de position sur les récentes polémiques. Marthe Grandjean juge pour sa part que ce genre de polémique est une occasion, pour l’Eglise catholique, «de se positionner clairement, d’en appeler à la réflexion de chacun et non à la polémique, et d’inviter éventuellement à boycotter la représentation ou l’exposition tout en appelant au pacifisme car rien, jamais, ne justifie la violence.»

Hostilité d’une société laïque

Alors, christianophobe, la société actuelle? Sur son site, la FSSPX dénonce des «attaques continuelles et tyranniques lancées contre l’Eglise et la foi chrétienne.» Mais là encore, les catholiques moins radicaux se distancient d’une telle définition. Pour le porte-parole de la Conférence des évêques suisses, Walter Müller, «en Suisse, la société, dans son ensemble, ne possède pas seulement un héritage chrétien, mais elle montre aussi une attitude positive à l’égard de la religion chrétienne. Il suffit de regarder avec combien d’attention et d’investissement on entretient les monuments chrétiens – des grandes cathédrales jusqu’aux croix ou sanctuaires qui jonchent les chemins de randonnée.» Toutefois, souligne-t-il, «on constate aussi un éloignement progressif des Eglises en tant qu’institution. En outre, dans certaines parties de la société, on observe des tendances hostiles à la religion qui peuvent se diriger non seulement contre le christianisme, mais également contre d’autres religions.» Un avis partagé par Marthe Grandjean. La Fribourgeoise se dit moins heurtée par des œuvres que, dans sa vie quotidienne de croyante, par «les propos satiriques de beaucoup de gens, la propension à débusquer et à monter en épingle la moindre faille dans l’institution chrétienne, même si elle est certes imparfaite, frileuse et statique, et la tolérance extrême envers les agissements de la société laïque». Elle préfère parler d’une société empreinte de «reliogiophobie» et marquée par la «revendication de l’homme à se démarquer par l’originalité, au risque de se soustraire à toute contrainte ou règle du respect d’autrui et des valeurs qui l’animent.»

AFP Photo / Unhate Foundation Benetton
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Humberto Servin, Clasos.com / AFP
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