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On l’entend de plus en plus ces dernières années: pardonner, c’est bon pour notre équilibre intérieur, nos chakras, notre bien-être mental. Ces derniers temps, des études médicales sérieuses sont venues ajouter de l’eau à ce beau moulin: accorder son pardon aurait des incidences bénéfiques sur la santé. Pression sanguine plus basse, voire moindre taux de dépression… Au point de faire culpabiliser celles qui, à tort ou à raison, se sentent incapables de pardonner. Pourtant, les témoignages que nous avons recueillis le montrent: passer l’éponge sur une trahison s’avère parfois impossible. Et la vie continue pourtant.

Une impossible guérison

Nicole, la quarantaine, nous arrête tout de suite. «Ces histoires sur le bienfait de l’absolution, je les connais. D’ailleurs, autour de moi, on me dit de laisser tomber, de passer à autre chose, que j’exagère. Alors j’ai peut-être un caractère particulièrement rancunier, mais ce qui est sûr, c’est que je ne suis absolument pas prête à excuser le mal que l’on m’a fait, dans ma vie personnelle comme ailleurs.» Et Nicole d’évoquer aussitôt une situation qui mêle amitié et travail, et qui concerne «un homme très proche», qu’elle voyait «comme un mentor». «Aujourd’hui, ma désillusion est à la hauteur de l’amitié que je lui portais.»

Elle s’assombrit lorsqu’elle évoque cette collaboration qui a soudain mal tourné avec celui qu’elle avait considéré, des années durant, comme un ami très cher. «Nous avions toujours eu des intérêts en commun, mais il est plus âgé, a plus d’expérience. Lorsque nous avons décidé de nous associer sur le plan professionnel, cela a rapidement viré à l’aigre. Il ne m’écoutait pas, ne prenait aucune de mes idées au sérieux, et a fini par m’écarter sans ménagement de notre projet commun, dont il s’est complètement attribué la paternité. Je lui en veux énormément! Et je m’en veux aussi de n’avoir pas su voir certains traits de son caractère.»

Un jour, peut-être, Nicole passera l’éponge. Mais, insiste-t-elle, il est encore beaucoup trop tôt pour cela. «Pendant plusieurs mois, j’ai ressassé, ruminé cette histoire, j’en avais des bouffées de colère. Sûrement très mauvais pour ma santé, ironise-t-elle. Aujourd’hui, je me suis un peu calmée, mais il n’est absolument pas question d’absoudre cet ami, que j’ai rayé de ma vie. Et qui, d’ailleurs, ne s’est absolument pas remis en question.»

Souvent magnanimes, les femmes trompées?

Impossible d’évoquer la blessure d’une trahison sans parler de l’infidélité. Selon plusieurs sondages plus ou moins sérieux, la majorité des femmes qui apprennent la tromperie se montrent magnanimes. Amal, Lausannoise d’une trentaine d’années, n’a jamais réussi à réellement passer outre l’accroc qui a entaché sa «première vraie histoire».

«A l’époque, je prenais un contraceptif qui me causait d’énormes sautes d’humeur dont je n’ai compris la cause que plus tard. Je me vexais pour un rien, quand je ne fondais pas en larmes. Alors oui, pour mon amoureux de l’époque, c’était dur. J’avais besoin d’être rassurée. Et en discutant avec une connaissance, j’ai compris qu’il y avait anguille sous roche entre elle et lui. Il a fini par m’avouer qu’il ne m’aimait plus, au moment où j’avais besoin de son soutien.»

Se pardonner d’abord à soi

Amal a su se montrer compréhensive… jusqu’à un certain point. «D’abord, c’est à moi que j’en veux, de ne pas m’être soignée correctement à l’époque et de l’avoir fait fuir. Par contre, alors que je suis de nouveau très amoureuse, j’ai la crainte constante que mon compagnon actuel ne dérape. J’ai gardé cette inquiétude lancinante qui empêche ma relation d’être complètement sereine. Cela, je ne peux pas le pardonner à mon ex, même si nous avons réussi à sauvegarder une jolie amitié.»

Pasteur de l’Eglise réformée du canton de Vaud, Alain Wyss anime notamment des ateliers sur le thème: «Comment pardonner?» Les participants viennent pour des raisons «très diverses», indique-t-il, avant de préciser que «les blessures les plus profondes et les plus longues à guérir remontent la plupart du temps à l’enfance. La réaction à ces blessures a tellement forgé notre identité qu’il est difficile de faire la part des choses, et de reconnaître que nous avons pu être blessé ou offensé par des proches. Les démarches de pardon en cas d’abus de toutes sortes sont particulièrement difficiles, parce qu’elles touchent à notre intégrité et à notre propre image de nous-même, cette image de soi qui a été spoliée.»

Simplement tirer un trait

C’est avec sérénité que Sophie, Jurassienne, nous raconte son histoire. Pourtant, malgré le temps écoulé, elle n’a ni oublié ni absous son beau-père, entré dans sa vie quand elle avait 6 ans. «Comme avec tous les beaux-pères du monde, j’imagine, cela n’a pas été facile de l’accepter. Mais bon, il faisait partie de ma vie, il était la figure masculine de mon enfance.» Tout bascule plusieurs années plus tard. Sophie est adulte lorsque cet homme, «alcoolique grave», devient violent avec sa mère. «Je l’ai récupérée chez moi. Elle coulait, crevait de chagrin, et moi j’étais impuissante à l’aider. J’ai juré de ne jamais revoir cet homme.»

Sophie accepte pourtant de renouer le contact suite à des lettres écrites par son beau-père en thérapie. «Je l’ai fait pour ma mère. Ne plus jamais entendre parler de lui m’était bien égal. En même temps, je lui en ai voulu à elle, qui aurait aimé qu’on joue à la famille unie. Cela a fichu en l’air notre relation mère-fille pendant un bon moment.» Depuis, son beau-père est décédé. Sophie dit ne garder envers lui ni rancœur ni amertume, mais a tiré un trait. «Jamais je n’excuserai ce qu’il a fait. Avec ma mère, c’est différent, car je voulais sauver notre relation. Mais lui… Je n’ai pas d’énergie à perdre avec ceux qui me trahissent.»

Intervenante sur l’ensemble de la Suisse romande, la médiatrice familiale Florence Studer souligne que l’obstacle principalement rencontré à un éventuel retour du dialogue est «la notion de rancœur. Ce peut être celle du conjoint trahi par une relation extraconjugale ou une décision de séparation qu’il n’a pas vue venir, ou celle de frères et sœurs adultes qui, lors d’une succession, en veulent à ceux qui, à leurs yeux, ont été avantagés par le partage. En médiation, souligne-t-elle, chacun(e) peut exprimer ce qu’il ressent et être entendu.» Cet espace de questionnement s’accompagne souvent «d’un apaisement progressif, le sentiment d’injustice et la rancœur faisant peu à peu place à une ouverture à la vision de l’autre. Et, de ce fait, à la possibilité de construire ensemble une suite, quelle qu’elle soit.»

Et ceux qui, quand ils reconnaissent leurs torts, demandent pardon? Pour le pasteur Alain Wyss, «aucune demande de pardon, même la plus sincère possible, ne pourra effacer l’offense subie. La demande peut aider la victime à envisager de pardonner, mais guérir et se libérer de tout ressentiment reste son chemin à elle.» Un chemin difficile, voire impossible, pour certains. «Peut-être que, dans quelques années, je verrai les choses autrement, réagit Nicole. Mais pour l’heure, je souhaiterais déjà parvenir à une indifférence envers cet homme que je croyais mon ami et qui m’a profondément blessée. Ce sera déjà beaucoup.»

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