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Nouveaux domestiques: Madame est (toujours) servie!

Madame est (toujours) servie!

Les nannies d'aujourd'hui? c’est un marché de niche, mais concurrentiel, où les meilleurs éléments s’arrachent, car efficacité et discrétion sont indispensables. Les qualités requises? «Des connaissances pratiques, bien sûr, mais aussi un savoir-être, de la politesse, une certaine délicatesse. Un sens des choses et la capacité de pouvoir rester dans l’ombre», explique Myriame Al Sayed.

© Jaap_Buitendijk_FocusFeatures

Ce sont des métiers de l’ombre, tellement discrets qu’on pourrait douter de leur persistance. Il n’en est rien. En Suisse, aujourd’hui, ils seraient environ soixante et un mille à œuvrer en tant que personnel domestique, dont cinquante-quatre mille femmes. Majordomes, valets, servantes… tous sont les vrais héros de Downton Abbey, le film tiré de la série du même nom qui sort ces jours. A cette époque-là, tandis que lords et ladies s’occupent de mondanités, le petit peuple d’en bas, parfaitement organisé, assume le travail éreintant et se débat dans des luttes de (petit) pouvoir. Le succès de la série doit d’ailleurs beaucoup à cette peinture quasi historique du quotidien de ces serviteurs, car si les tralalas des comtes et comtesses divertissent, cette plongée dans le ventre de la maison et de ceux qui y vivent passionne bien davantage.

Cet engouement pour ceux qui, aujourd’hui, continuent à assurer aux grands de ce monde un service cinq étoiles à domicile, Lydia Lécher l’a expérimenté. C’était lors de la sortie, en 2017, de son livre «Bienvenue chez les riches» (Ed. Michel Lafon) pour lequel invitations sur les plateaux télé et articles de presse se sont succédé. Les anecdotes de cette Française, longtemps régisseuse de grandes propriétés du sud du pays, entre employés pas toujours bien traités et patrons un brin abusifs, abondent.

«On ne parle plus de domestiques aujourd’hui, ce terme a un côté un peu péjoratif, mais de personnel de maison», aime-t-elle préciser.

Désormais reconvertie, elle garde pourtant, au-delà de ces quelques situations pénibles, un excellent souvenir de sa vie d’avant. «C’est un beau métier pour ceux qui cultivent le sens du service. On est dans de beaux endroits, entourés de beaux objets. Pour quelqu’un de méticuleux et de perfectionniste comme moi, c’était très enrichissant. Ça ouvre beaucoup l’esprit.»

D’un métier subi à un métier choisi

«C’est un métier de service que vous ne devez en aucun cas envisager si vous n’aimez pas faire plaisir», confirme Myriame Al Sayed. Aleydis, la société qu’elle a créée il y a maintenant sept ans, est une de ces très sérieuses agences spécialisées dans le recrutement fixe et temporaire de personnel de maison et de nannies pour des clients haut de gamme, comme on peut les trouver en Suisse ou ailleurs. C’est un marché de niche, mais concurrentiel, où les meilleurs éléments s’arrachent, car efficacité et discrétion sont indispensables. Les qualités requises?

«Des connaissances pratiques, bien sûr, mais aussi un savoir-être, de la politesse, une certaine délicatesse. Un sens des choses et la capacité de pouvoir rester dans l’ombre», explique cette spécialiste.

Une certaine souplesse, de la patience, une élégance… rajouteront d’autres. Un profil type qu’on retrouve chez des personnes qui embrassent désormais la profession par vocation avec, souvent, un solide bagage professionnel. «Nous sélectionnons des candidats issus des métiers de la maison. Parfois, ils se sont formés sur le tas pendant de nombreuses années et connaissent toutes les techniques. Souvent, ce sont des gens qui viennent de l’hôtellerie cinq étoiles.» Des compétences confirmées par Emmanuel, 52 ans, responsable de site dans une grande maison privée des bords du Léman: «J’ai travaillé dans l’hôtellerie de luxe, où j’ai été maître d’hôtel, mais j’ai également exercé comme chauffeur de maître, concierge en entreprise…» Carine, 44 ans, était quant à elle directrice house keeping d’un palace genevois lorsqu’elle a décidé de dire oui à un client régulier, qui souhaitait faire d’elle son assistante personnelle avec responsabilité de propriété dans sa maison à l’autre bout du monde. «Quand vous exercez ce genre de poste à responsabilités dans un hôtel, vous connaissez tout des clients, de leur marque préférée de dentifrice à leur taille de confection.»

House keeping, PA (prononcez pi èye, pour personal assistant), buttler… ces mots font partie du nouveau vocabulaire d’un milieu qui s’internationalise et emprunte aux codes de l’hôtellerie. Cette professionnalisation permet aussi de clarifier les conditions de travail. Finis les gages versés aux employés selon le bon vouloir du maître, dont le gîte et le couvert, souvent de piètre qualité, constituaient fréquemment l’essentiel. «En passant par une agence, on protège les intérêts de chacun par des contrats types selon les règles en vigueur dans chaque canton et où apparaissent cahier des charges, heures de travail, montant de la rémunération», précise Myriame Al Sayed.

Une hiérarchie moins pesante

Tout en haut trône le majordome. Au cinéma – autant que son alter ego féminin (souvenez-vous de la traumatisante Fräulein Rottenmeier, dans Heidi) –, c’est souvent le personnage honni. Au sommet de l’échelle, il fait régner la terreur parmi les domestiques. Aujourd’hui, dans des maisons où le personnel est souvent moins nombreux, on mise plutôt sur le travail d’équipe. Son job, Lydia Lécher a eu la chance de l’accomplir en duo avec son compagnon en tant que régisseurs de propriété en couple. «Mon ami s’occupait de tous les extérieurs, de maintenir les jardins et moi de l’intérieur, de tout ce qui était entretien, cuisine, etc.» Cette configuration est d’autant plus appréciée quand le logement de fonction est situé sur la propriété.

Une tendance confirmée par Myriame Al Sayed: «C’est une formule demandée, qui fonctionne en général bien. Le fait de loger sur place permet un aspect gardiennage quand les propriétaires ne sont pas présents.» Emmanuel, responsable de site en Suisse romande dans une propriété d’une dizaine de chambres avec jardins et piscine, témoigne de la fréquence de brigades plus réduites qu’auparavant. «Nous sommes deux et travaillons vraiment en équipe. Après, il se peut qu’à certaines périodes nous soyons amenés à être aidés par des jardiniers ou du personnel de service.» Pour Carine, l’une des rares Suissesses à exercer ce métier et qui fut ces sept dernières années, au service d’une famille installée sur les bords du lac, tout doit être fait dans l’intérêt de ceux pour qui on est là, même si pour cela la personal assistant elle-même doit mettre la main à la pâte:

«Une fois, je déballais des commissions dans la cuisine de la maison que la famille possédait en Afrique et à la fin, j’ai passé un coup d’aspirateurs pour nettoyer. Une des employés de maison me regardait effarée. Elle n’avait jamais vu de Blanc passer l’aspirateur.»

Du personnel à portée de main

Chambres en soupente ou en sous-sol ne sont plus la règle. Au XXIe siècle, la plupart des personnels de maison ne vivent plus sur leur lieu de travail. Toutefois, leur disponibilité doit être totale. Carine, rouage indispensable au bon fonctionnement de la maison, explique: «Pendant les sept ans que j’ai passés au sein de la famille dans laquelle j’ai exercé, j’avais un portable sur lequel je pouvais, et je devais, être joignable à tout moment. Ça m’a valu pas mal d’incompréhension de la part d’amis, qui pensaient que c’était un peu trop. Je me rappelle un jour, lors d’une balade en montagne, nous étions arrivés à un joli coin au bord d’un petit lac, idéal pour pique-niquer. Toutefois, j’ai insisté pour rebrousser chemin, il n’y avait pas de réseau.» Cette ultradisponibilité a toutefois ses contreparties.

«Une fois, je devais aller ouvrir une propriété à l’étranger avant l’arrivée de mes employeurs. J’étais souffrante et ils le savaient. Ils ont été très prévenants, le chauffeur de la famille m’attendait devant la maison pour me conduire au pied du jet privé sur la piste de l’aéroport de Genève. Dans l’avion, un lit et une soupe chaude m’attendaient. Après ça, faire la queue pour un vol low cost, comme le commun des mortels, devient un peu compliqué…» avoue-t-elle en riant.

À Verbier, Kate Turner, 45 ans aujourd’hui, vivait dans la très confortable maison de bois et de pierre dont elle était la chalet girl, selon le thème consacré. Son job? Y demeurer en saison d’hiver, lors de l’absence des propriétaires, de riches Anglais proches de la famille royale, et être à leur service pendant leur présence, les week-ends et les vacances: «Je dirigeais la maison, m’occupais du nettoyage, des courses, de la cuisine et, de manière générale, je veillais à ce que tout ce qui devait être fait le soit.»

Tabliers et gants blancs

Costume queue-de-pie, robe noire et tabliers blancs, coiffes austères… longtemps, l’uniforme a été la règle pour le personnel de maison. Une (autre) manière de bien marquer l‘indispensable barrière sociale. Si certaines maisons à l’ancienne font perdurer la tradition, les règles se sont quelque peu assouplies. La petite robe ou le tailleur strict noirs sont de mise pour Carine, qui explique: «La tenue de soubrette avec tablier blanc est complètement dépassée. Lorsqu’une tenue de travail est imposée, elle prend souvent la forme de ce qu’on peut voir dans les spas des grands hôtels: un pantalon confortable porté avec un haut croisé forme kimono.» Pour Emmanuel, le complet veston sombre suffit. «Le monde a changé. Les manières aussi.» Côté codes de service également, finis les gants blancs et le style ampoulé, à quelques exceptions près. «Ponctuellement, lors de ses séjours en Suisse, je travaille pour une dame d’un certain âge, issue de l’aristocratie. Pour elle, je conserve le service à l’ancienne, cette manière d’être et de m’exprimer qu’elle a toujours connus. Ça fait du bien de temps en temps, c’est une façon de réviser ses classiques.»

Service oui, servitude non

Si, jusqu’au siècle dernier, chacun restait à sa place et les maîtres à distance physique autant que morale de ceux qu’ils employaient, là aussi, les choses se sont assouplies. On ne mange plus en sous-sol, comme dans la série, mais souvent dans une petite salle de repos réservée au personnel. Pour Kate, la chalet girl qui a officié dans l’ambiance décontractée d’une station de ski, tous les repas se prenaient en famille, que ce soit à la maison où sur les pistes de ski où elle l’accompagnait souvent. Toutefois, Emmanuel tient à préciser:

«Il faut faire très attention et rester à sa place. On ne parle pas de complicité. Quand vous travaillez ainsi pour quelqu’un, un lien se crée, mais pas une relation.»

Cette nécessaire distance est confirmée par Philippe Convers, aujourd’hui chef à domicile à Chamonix, autrefois chef privé dans une grande famille lausannoise. «En tant que chef, vous avez un rôle très important au sein de la maison. Vous êtes en général très considéré, mais il faut toujours garder à l’esprit certains codes, un savoir-être particulier.» Ces liens imposent ainsi un nécessaire respect mutuel. «Une fois, un monsieur pour lequel je travaillais, et connu pour son mauvais caractère, m’a hurlé dessus avec des mots très durs. Je lui ai dit que je l’excusais pour cette fois, car je savais qu’il n’allait pas bien, mais que cela ne devait pas se reproduire. A la troisième colère de ce genre, j’ai pris mes affaires et je suis partie. Il pensait que je n’en serais jamais capable», confie une gouvernante sous couvert d’anonymat.

Ces profils expérimentés savent répondre aux besoins d’employeurs très exigeants. Dès lors, les nouveaux gens de maison, souvent anciens cadres de l’hôtellerie, négocient salaires et conditions proportionnellement à leurs compétences, leur souplesse et leurs capacités d’adaptation. Ces métiers de service sont d’ailleurs vécus aujourd’hui par beaucoup comme des sources d’épanouissement. Tous, comme Emmanuel, s’accordent à dire qu’ils doivent être pratiqués sans s’y brûler les ailes et en posant des limites, «car notre métier, en 2019, c’est le service, pas la servilité».

Un Downton Abbey à la bernoise

Interview de Murielle Schlup, directrice du Musée de Jegenstorf

madame est toujours servie!
Le château de Jegenstorf vers 1890. La famille de Stürler pose dans le parc avec, tout à gauche, une gouvernante et, à la fenêtre, une servante. © Vollenweider/Wikicommons

Le château de Jegenstorf, près de Berne, est aujourd’hui un musée. Demeure privée jusqu’en 1936, il a longtemps abrité de nombreux domestiques chargés d’entretenir et de faire vivre cette demeure familiale.

FEMINA
Parmi les domestiques du château, on trouvait bien sûr de nombreuses femmes. Qui étaient-elles?
Murielle Schlup
Des femmes de condition sociale défavorisée venant le plus souvent de la campagne, qui n’avait guère d’emplois à leur offrir. Entre le moment où elles quittaient la maison familiale et leur (éventuel) mariage, beaucoup n’avaient d’autre choix que de se placer, parfois dès l’âge de 14 ou 15 ans. On a par exemple des traces de l’existence d’une talentueuse cuisinière du château, connue de tous sous le nom de Lina, qui n’avait peur que d’une chose: abattre les poulets. C’est le fils du fermier voisin, Ruedi Junker, qui s’en chargeait et Lina lui confectionnait toujours un gâteau pour le remercier. Ils se marièrent en 1921. Plus tard, avec l’aide de Ruth, sa seule fille, elle fut chargée d’allumer les poêles en faïence du château pendant la saison froide, tôt le matin. Il y en avait plus d’une douzaine.

Quelles étaient les conditions de travail des employés?

Les domestiques, surtout les jeunes femmes, devaient être constamment disponibles et répondre à tout moment du jour ou de la nuit aux besoins et aux demandes de leur employeur. Le service durait jusqu’à tard le soir, surtout lorsque leurs maîtres recevaient, ce qui n’était pas rare. Avant de se coucher, elles avaient tout au plus le temps de s’occuper de leurs vêtements, qui devaient toujours être propres et irréprochables. Leur travail acharné ne leur amenait guère de remerciements. Au contraire, nombre d’entre elles étaient méprisées et traitées avec dédain.

La séparation maîtres-domestiques était-elle aussi présente que dans Downton Abbey?
Bien sûr. Le château de Jegenstorf dispose de deux cages d’escalier. Le grand, majestueux, était réservé aux propriétaires. Le simple, plus sombre, était destiné aux domestiques. La personne qui présidait à la confection des repas d’une grande maison jouissait d’un statut élevé et d’un vif respect de la part des autres domestiques. Il pouvait s’agir indifféremment d’un homme ou d’une femme. C’était une charge où on n’avait pas à s’acquitter de tâches grossières et pour laquelle on était généralement assisté par des domestiques de rang inférieur. Les bonnes d’enfants, les gouvernantes et les dames de compagnie jouissaient également de cette considération car elles avaient une certaine éducation.

Plus d'infos schloss-jegenstorf

Télégéniques, les domestiques!

Madame est toujours servie!
© Carole Béthuel

Journal d’une femme de chambre, de Benoît Jacquot, sorti en 2015. Dans cette troisième adaptation cinématographique du roman du même nom d’Octave Mirbeau, Léa Seydoux incarne Célestine, une servante de la fin du XIXe maltraitée par sa maîtresse et harcelée par son maître – elle tombe amoureuse du jardinier. Prévisible…

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© Disney_Enterprises_Inc_All-Rights_Reserved_Jay-Maidment


Le retour de Mary Poppins
, de Rob Marshall, sorti en 2018. Cette production Disney fait suite à la première adaptation cinématographique de 1964, elle-même inspirée par le livre de Pamela L. Travers. Elle marque le come-back de la nounou la plus magique de tous les temps. Supercalifragilisticexpidélilicieux!

Madame est servie!
© Anne-Franáoise-Brillot---Why-Not-Productions

Bécassine!, de Bruno Podalydès, sorti en 2018. Adaptation de la bande dessinée de Joseph Pinchon, le film relate les aventures de la célèbre bonne Bretonne qui monte à Paris pour devenir nounou. Bécassine, c’est ma cousine (C’est bon? Vous l’avez dans la tête?)

Madame est (toujours) servie!
© universale_television_entreprises

Magnum, série américaine diffusée entre 1980 et 1988. À Hawaï, Thomas Magnum est détective privé, mais aussi chargé de sécurité de la maison de vacances de l’écrivain Robin Masters, où il cohabite avec le très rigide majordome anglais Jonathan Quayle Higgins III, dit Higgins, et ses deux dobermans Zeus et Apollon.

Madame est (toujours) servie!
© ABC_STUDIOS

Devious Maid, série américaine de Marc Cherry, diffusée entre 2013 et 2016. Marisol, Rosie, Carmen et Zoila sont quatre domestiques d’origine hispanique qui travaillent dans un quartier résidentiel très calme de Beverly Hills. Par le scénariste de Desperate Housewives.

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