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Votation du 28 mars 2021

Moutier: deux femmes au cœur du combat

Moutier votation 28 mars 2021

Des personnes manifestent lors d'un rassemblement en marchant en cortège avec un cercueil le vendredi 30 août 2019 a Moutier. Le Tribunal administratif du canton de Berne a confirme l'annulation du vote sur le transfert de Moutier dans le canton du Jura. Les Prévôtois voteront à nouveau ce dimanche 28 mars 2021.

© Keystone

Le mot de la fin appartiendra-t-il aux Sanglières ou aux Bélières? Réponse ce dimanche 28 mars 2021 dans les urnes. Un scrutin historique placé sous la surveillance d’une troisième femme: la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter. Pour nous éclairer sur ce dernier, les deux portes-paroles des mouvements pro et anti-séparatistes répondent à nos questions.

Les gens s’impliquent-ils toujours autant dans la Question jurassienne, malgré la crise sanitaire que l’on traverse?
Mylène Jolidon (Moutier Ville Jurassienne) Oui, complètement. Les gens ont envie de penser à autre chose qu’au Coronavirus. S’il a pu être mis de côté au tout début de la crise, j’ai l’impression que le combat pour l’indépendance a très vite été à nouveau au centre des préoccupations des Prévôtois.
Muriel Käslin (MoutierPlus) Il y a toute une frange de la population qu’on n’entend pas, qui reste discrète. Quand on se mouille à Moutier sur cette question-là, on est mis sous le feu des projecteurs et il n’y a pas d’égalité de traitement entre les séparatistes et les non-séparatistes. Si on se bat pour que Moutier reste dans la partie francophone du canton de Berne, on finit dans La Torche, La Tuile, le Journal de carnaval, etc. Il faut avoir les reins solides pour ce combat. Je me suis lancée, car j’avais envie de porter la voix de celles et ceux qui n’ont pas l’occasion de s’exprimer ou ont peur de le faire. On veut nous faire croire que c’est une préoccupation capitale pour les Prévôtois, mais j’ai le sentiment que la majorité d’entre eux sont actuellement plus préoccupés par la crise sanitaire et économique que l’on traverse. Les gens ont besoin d’être rassurés.

«Si le «oui» l’emporte, on va partir pour 5, 6 ans d’incertitude. Est-ce que c’est vraiment le bon moment pour faire ce pas-là? J’espère que le vote du 28 mars sera définitif et que chaque parti acceptera le résultat, quel qu’il soit.»

Muriel Käslin

Porte-parole de MoutierPlus

Y a-t-il eu un déclic qui vous a poussée à vous engager?
Mylène Jolidon J’ai toujours été militante, j’ai grandi dans une famille très engagée pour la cause jurassienne. Ce mouvement de lutte m’a toujours passionné. En 2017, j’étais cheffe de quartier. Pour la campagne actuelle, j’ai été nommée porte-parole.
Muriel Käslin Je ne me rendais pas compte que c’était aussi vital pour certaines personnes de rejoindre le canton du Jura. Lorsque le résultat est tombé, que le «oui» l’a emporté avec 137 voix en 2017, tous les Jurassiens venus ce jour-là à Moutier ont laissé exploser leur joie. Je comprends tout à fait leur bonheur. Mais en même temps, j’ai été scandalisée par le traitement réservé aux perdants: nous n’existions plus, alors que nous représentons tout de même 50% de la population! On ne nous entendait pas, alors que l’on a aussi droit à la parole. Ça a été horrible à vivre, j’ai ressenti alors une véritable injustice. Je suis Prévôtoise, j’ai toujours vécu ici et on me traitai comme si je n’existais pas, uniquement parce que je n’avais pas envie d’adhérer à ce projet jurassien.

Est-ce une cause qui touche davantage les femmes?
Mylène Jolidon Dans le combat jurassien, il y a toujours eu beaucoup de femmes impliquées. L’Association féminine pour la défense du Jura a été créée dans les années soixante déjà. C’est grâce à ces femmes que lors de sa création, le Jura a été le premier canton à mettre en place un Bureau de l’égalité. Les femmes ont toujours été mises en avant dans cette lutte.
Muriel Käslin A MoutierPlus, nous sommes trois portes-paroles, dont deux femmes. On a notre mot à dire. Le 7 février 2021, nous avons créé un post sur Facebook pour célébrer le droit de vote des femmes. On a alors publié des photos de plusieurs femmes, de 16 à 85 ans. C’était la première fois que des personnes non-séparatistes s’affichaient ainsi. Et ce sont des femmes qui l'ont fait! On n’a plus peur de se montrer, d’afficher son opinion.

Qu’est-ce que Moutier aurait y gagner en restant dans le canton de Berne?
Muriel Käslin Le canton de Berne mène une politique volontariste, notamment en termes de politique familiale. Cette dernière est beaucoup plus progressiste que dans le canton du Jura. Berne a mis sur pied des bons de garde pour les crèches, a instauré une obligation légale de créer des écoles à journée continue, dès que 10 familles en font la demande dans n’importe quelle ville ou village. C’est capital, car cela permet aux femmes de concilier vie familiale et vie professionnelle. En Suisse romande, c’est le deuxième canton en termes de représentativité des femmes: on a 3 conseillères d’Etat sur 7 et 35% de femmes au Grand conseil bernois, alors que le canton du Jura plafonne à 25%. Les villes de Bienne et de Berne montrent aussi l’exemple. Et ce n’est pas pour rien, à mon avis: les mesures prises pour permettre aux femmes d’avoir une famille et de faire carrière portent leurs fruits.

De plus, géographiquement, Moutier n’a aucune route, ni cantonale ni communale, qui la relie au canton du Jura. Nous sommes dans une vallée et tous les villages environnants participent à la vie de la cité. Mettre une barrière administrative entre Moutier et ses voisins est une aberration, car cela fait des siècles que nous vivons en synergie avec eux.

Qu’est-ce que Moutier aurait à y gagner en rejoignant le canton du Jura?
Mylène Jolidon Nous aurions un plus grand poids politique: il y aurait beaucoup plus d’opportunités, notamment pour les femmes. Il pourrait y avoir 7 élu-e-s de Moutier sur 60 au Parlement jurassien. A l’heure actuelle, nous n’avons qu’un seul représentant au Parlement bernois. Que ce soit au niveau démographique ou économique, le Jura s’est bien mieux développé que le Jura bernois depuis la création du canton. De plus, il y a certaines choses qui ont été mises en place dans le canton du Jura, comme l’allocation de naissance, qui n’existent tout simplement pas à Berne. Les allocations familiales jurassiennes sont également plus élevées. Quant au système des crèches, le système est différent, mais il est équivalent à celui mis en place par le canton de Berne. Enfin, l’idée des impôts plus élevés dans le canton du Jura est totalement infondée, comme l’ont prouvé plusieurs études.

«Pour moi, c’est aussi une question de cœur: je me sens Jurassienne. L’identité est très marquée, très forte dans notre région. On a la même culture et la même mentalité. Être une minorité dans un grand canton bilingue, ce n’est pas l’idéal.»

Mylène Jolidon

Porte-parole de Moutier Ville Jurassienne

Les Prévôtois semblent particulièrement divisés. Craignez-vous pour la vie post-scrutin? Parviendrez-vous à vivre ensemble quel que soit le résultat?
Muriel Käslin Je pense que ça va être compliqué, oui. Il faudra laisser du temps au temps, il va falloir être patient. Il y a quelque chose à reconstruire. Cela passera par l’acceptation du vote. Le séparatisme, dans tous les pays du monde, est toujours très néfaste pour le «vivre ensemble», que ce soit en Catalogne, en Corse ou à Moutier. Cela détruit les relations, les familles.
Mylène Jolidon Je crains la vie d’après si le «non» l’emporte, totalement. Énormément de gens se sont investis pour le «oui», que ce soit au niveau des associations sportives ou culturelles pour ne citer qu’elles. Les sportifs et les artistes se sont mobilisés pour le «oui». La majorité des élus de la ville est également pro-jurassienne. Je crains que toutes ces personnes jettent l’éponge si le «non» l’emporte et cessent de se battre pour Moutier. Par contre, en cas de «oui», je ne me fais aucun souci pour la suite. Il y a 50% de la population prévôtoise qui a voté «non» en 2017, c’est un fait. Par contre, on remarque que toute une frange de la population choisit cette option non pas pour un attachement pour le canton de Berne, mais plutôt parce qu’ils craignent le changement, le risque. C’est quelque chose que l’on constate largement parmi les citoyens.

Que souhaitez-vous pour l’avenir de Moutier?
Muriel Käslin J’aimerais qu’après le 28 mars, Moutier soit enfin une ville apaisée et qu’elle puisse se consacrer à de vrais défis pour son avenir.
Mylène Jolidon C’est parce que j’aime ma ville que j’espère que Moutier votera «oui» et qu’on puisse, dès le lendemain de la votation, s’atteler à construire un avenir meilleur pour les Prévôtoises et Prévôtois.

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