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sur la route

Randonnées en Suisse: cet été, on va pèleriner!

Reese Witherspoon Wild randonnée

Besoin de nature, de déconnexion, les raisons de se mettre à la marche au long cours sont nombreuses. Et des films comme Wild, avec Reese Witherspoon, ont encore rajeuni le profil des randonneurs.

© AA Film Archive/Alamy

Vous les avez certainement vus marcher au bord d’une route, en rase campagne ou traversant sans trop s’arrêter les centres urbains. Equipés d’un gros sac à dos, des chaussures de rechange et un sac de couchage pendant parfois derrière eux, ils sont toujours plus nombreux depuis quelques années, en Suisse comme à l’étranger. Et la crise sanitaire n’a fait qu’augmenter l’attrait pour ce genre d’expériences au grand air, souvent en solitaire.

Les marcheurs au long cours ont pris d’assaut nos sentiers pédestres. Certes, on sort encore de chez soi le dimanche pour aller se promener en montagne, faire une boucle dans le Jura ou une petite randonnée dans les Alpes, mais ces marcheurs-là alignent les kilomètres comme d’autres les apéros en terrasse. Par ailleurs, ils choisissent souvent des itinéraires qui ont une histoire, que d’autres ont parcouru avant eux, pour des raisons pratiques, commerçantes, religieuses ou spirituelles. La balade, tout à coup, se transforme en pèlerinage.

Une pratique inclusive

Autant dire qu’il y a l’embarras du choix, rien que dans notre petit pays. Car outre les plus de 65 000 kilomètres de sentiers balisés – de quoi faire 1,5 fois le tour de la Terre! - plusieurs voies célèbres le traversent de part et d’autre. La Via Jacobi, par exemple, part du lac de Constance pour se terminer à Genève et fait partie du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Long de 645 kilomètres, elle est – forcément – bordée de chapelles et d’églises, mais n’attire pas que les mollets chrétiens. Daniel a commencé à la parcourir par étapes, les week-ends.

«Je ne suis pas particulièrement croyant, même si je viens d’une famille catholique, c’est juste pour l’activité physique, se balader dans des endroits tout proches de chez moi que je ne connais pas et le fait de se fixer un objectif!»

Marcher seul, observer la nature, apprendre à se débrouiller, mais aussi réfléchir sur sa vie, sur la sauvegarde du paysage… des films à succès comme Into the wild (malgré la fin dramatique) ou, plus récemment, Wild, avec Reese Witherspoon, ont participé de ce nouvel élan vers la marche au long cours, tout en rajeunissant le profil-type du randonneur.

La dernière enquête de l’Office fédéral du sport, réalisée juste avant la pandémie, le montre bien. Entre 2014 et 2020, la pratique de la randonnée pédestre a augmenté de 13%. Parce que marcher, ça colle aussi avec les aspirations du moment. «C’est une pratique accessible, qui est en phase avec les transformations des modes de consommation, décrypte Fabien Ohl, sociologue à l’Université de Lausanne – et surtout grand marcheur.

D’abord, c’est une pratique qui n’est pas compétitive et très inclusive. Ce n’est pas un fief de la virilité, contrairement à d’autres sports, les femmes y sont d’ailleurs plus nombreuses que les hommes.»

Mais ce n’est pas tout. La façon de marcher a changé, car on cherche aujourd’hui plus que jamais à vivre une expérience et non plus uniquement à marcher d’un point A à un point B, juste pour admirer la vue. Emprunter un chemin qui a une histoire, qui a un sens, quel qu’il soit, transforme l’activité physique en quelque chose de plus holistique. «Il est vrai que certains itinéraires connus sont aujourd’hui pris d’assaut, confirme David Le Breton, auteur de Marcher la vie: un art tranquille du bonheur (Ed. Métailié). Tous les sentiers qui sont répertoriés, qui ont une mémoire, une aura, en Europe et en Amérique du Nord particulièrement, sont attrayants. Par ailleurs, les gens sont apaisés, ils savent qu’ils vont y trouver des auberges, des étapes.» De quoi rassurer particulièrement les personnes qui voyagent seules.

© Kevin Wolf / Unsplash

Le prix des choses sans prix

Mais pour cet anthropologue-randonneur, même la promenade du dimanche n’est pas anodine. «Vous allez toujours être attiré par des noms évocateurs, pensez à l’aura d’une marche en direction de la grotte des poilus, de la vierge noire ou de la roche aux corbeaux – des exemples concrets, dans ma région des Vosges. Ça éveille forcément la curiosité.» Un succès qui ne devrait pas retomber, tout le monde en est sûr. Le confinement nous a en effet rappelé «le prix des choses sans prix», comme aime à le souligner David Le Breton, de la même manière qu’on réalise aujourd’hui le «bonheur inouï» de pouvoir boire un café en terrasse.

Activité éthique, écolo, en accord avec nos aspirations à plus de nature et de calme, la rando est encore financièrement avantageuse et nécessite peu de matériel. Ne serait-ce les ampoules au pied, la randonnée au long cours a décidément tout bon.

5 itinéraires à découvrir

1. Via Calanca

La vallée de la Calanca démarre non loin de Bellinzone, on y parle italien, mais elle est bel et bien grisonne. Surtout, elle mérite bien son nom: calanca veut dire abrupte. Depuis le nord, à Grono, on peut parcourir en 3 jours l’entier de la vallée, jusqu’à Rossa, avec l’impression d’avoir remonté le temps de quelques décennies. Partout, ici, on découvre les traces d’un artisanat vieux de plusieurs siècles, autour de la pierre comme du bois.

Itinéraire: 3 jours, 21 km.

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Arvigo dans le Val Calanca
© Suisse Tourisme / Mattias Nutt

2. Via Francigena

L’histoire de cette voie commence officiellement en 990, lorsque Sigéric, archevêque de Canterbury, se rend à Rome pour officialiser son investiture. Mais c’est lors de son voyage retour qu’il note son parcours et ses étapes, donnant naissance à la via Francigena, reliant le nord de l’Europe à Rome. Et si la balade est longue, elle est aussi bucolique: depuis Sainte-Croix, dans le jura vaudois, on descend sur la magnifique Romainmôtier, on traverse le Lavaux avant de longer le Rhône puis de grimper en direction du Grand-Saint-Bernard.

Itinéraire: 215 km, 12 étapes.

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La via francigena
© Suisse Tourisme / Tamara Fehr

3. Chemin des anabaptistes

Lorsque les autorités bernoises ou zurichoises les persécutent, les anabaptistes – une communauté chrétienne qui refuse notamment le baptême des enfants et prône celui d’adultes consentants – choisissent l’exil. Certains partiront aux Etats-Unis actuels pour y créer notamment la communauté Hamish, tandis que d’autres iront s’établir… dans les hauteurs du Jura. C’est cette histoire, faite de persécutions, de messes secrètes, d’inscriptions rupestres encore non décryptées à ce jour, qu’on découvre le long de ce chemin des anabaptistes. Le tout entre Sonceboz et le Chasseral, en passant par un tunnel de l’époque romaine et – pourquoi pas – une pause de midi dans une métairie.

Itinéraire: 32 km, 2 jours.

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Le mystérieux chemin des anabaptistes
© Jura Bernois Tourisme

4. Via Jacobi

C’est LE pèlerinage par excellence. En Suisse, le tracé du chemin de Compostelle démarre au lac de Constance pour se terminer à Genève, en passant par Saint-Gall, Stans, Fribourg, Curtilles et Lausanne (avec quelques variantes). Il est plutôt bien indiqué: sur les panneaux jaunes, l’autocollant vert Via Jacobi 4 est immanquable. Quand s’y ajoutent le bleu et la coquille Saint-Jacques, il s’agit du chemin aller. Quand il n’y a que le vert, il s’agit du chemin de retour, les deux pouvant être différents sur quelques tronçons. Outre son aspect forcément spirituel, le grand plus de ce chemin est d’être bien encadré. Il y a des répondants pour chaque tronçon, des hébergements et des points d’information disséminés sur tout le parcours.

Itinéraire: 448 km, 20 étapes.

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la via Jacobi
© Suisse Tourisme / André Marmillod

5. Le chemin des fromages

Une petite envie de fromage? On n’hésite plus, direction le parc naturel régional de Gruyère-Pays d’Enhaut, qui propose deux vias, celle du Gruyère et celle de L’Etivaz, qui suivent les voies empruntées pour le transport du fromage, des alpages aux villages en passant par le col de Jaman, aux VXIIe et XVIIIe siècles. Et avec l’application ad hoc, la randonnée prend une autre dimension. En plus de la géolocalisation et de la réalité augmentée, elle propose 250 centres d’intérêt, musées, monuments, restaurants et buvettes, sans oublier les lieux de fabrication du fromage, évidemment.

Itinéraire: Au total, 21 étapes, de 1 à 4 heures de marche, toutes accessibles via les transports publics. Qui dit mieux?

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Les gorges de la Jogne, en Gruyère
© DR

Ils témoignent

Marianne grosjean, 34 ans, Genève

J’avais fait un petit bout du chemin de Compostelle deux ans auparavant, en hiver, et ça m’avait bien plu. Alors, en 2018, quand l’occasion s’est présentée, j’ai décidé de repartir. Parce que je venais de passer le cap de la trentaine, j’étais célibataire, je tournais un peu en rond, mais aussi pour des raisons professionnelles: j’ai proposé à ma rédaction de raconter sur un blog mon périple de 3 mois de Genève à Santiago, en interviewant sur la route d’autres pèlerins, et ça a été accepté.

J’étais à un tournant de ma vie et on rencontre sur le chemin beaucoup d’autres personnes qui sont dans la même situation. Que ce soit un deuil, un divorce, un licenciement… c’est bateau, mais c’est vrai: ces gens avaient besoin de se mettre en marche, d’aller de l’avant, de se donner une direction vers laquelle aller, toujours plus loin.

Sur le chemin, on peut rester seul si on le veut vraiment, mais autrement, on rencontre beaucoup de gens. Je n’avais évidemment pas prévu de rencontrer l’amour, mais voilà… parmi les personnes que j’ai interviewées, il y avait Bastien et son groupe, au Puy en Velay. On a discuté, puis on s’est perdus de vue, mais trois semaines plus tard, je suis retombée sur son groupe. On a resympathisé et, de fil en aiguille, on s’est retrouvés à marcher côte à côte, juste les deux. On a fait 1000 kilomètres ensemble, et ça a matché. On s’est installés à Genève par la suite et notre petite fille, Sabine, a 14 mois!

En fait, beaucoup de gens se rencontrent sur le chemin, car on y est assez authentiques. On n’est pas obligés de jouer un rôle, on voit donc assez vite qui nous correspond, ou pas. C’est ce qui s’est passé pour nous! On parle déjà de refaire le chemin en famille, en louant un âne. Il y a, tout le long du chemin, une proportion de personnes bienveillantes plus grande qu’ailleurs, j’ai vraiment été frappée par la gentillesse authentique des gens rencontrés. Ça redonne confiance dans les liens sociaux et ça donne envie d’être meilleure soi-même!

Marianne Grosjean
© DR

Julien Charles, auteur de Compostelle therapy

Avant de partir, je travaillais dans une entreprise de luxe. Je voyageais beaucoup, sur le papier j’avais un très beau job. En vrai, je m’ennuyais beaucoup. J’avais besoin de plus de sens, mais je restais par confort, par habitude. Il y avait urgence à changer de façon de vivre et, à cette époque, de nouveaux chemins sont apparus, dont le chemin de Compostelle, que j’ai saisi comme une voie pour changer.

Ma plus grande leçon est d’avoir réalisé que pour avancer, dans la vie comme sur le chemin, il faut avant tout s’alléger, vider son sac, désencombrer son existence, se dépouiller à la fois de désirs, d’envies, d’un héritage socio-culturel ou juste de choses matérielles. L’un des symboles les plus significatifs est le sac à dos: nous devons trouver l’équilibre entre ce dont nous avons besoin, ce qui nous rassure et ce qu’on peut réellement porter sur le dos.

Sur la route je n’ai rien acheté, en revanche j’ai renvoyé des choses par la poste. C’est une forme de liberté nouvelle que j’expérimente. M’alléger de ce qui m’alourdît et m’encombre.

Et il y a les rencontres. Les gens qu’on croise pendant le voyage, les commerçants, les habitants des villages. Certains laissent une empreinte unique sur nous et nous transforment. Comme Robert, 83 ans, qui m’a accueilli en début de marche dans son magasin pour pèlerins. Il m’a invité à m’ouvrir aux autres après m’avoir entendu me plaindre de tout. Ses paroles m’ont accompagné pendant tout le voyage. C’est comme si cette rencontre m’avait transmis quelque chose qui m’a permis de continuer le chemin seul.

Julien Charles
© Alice Balas

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