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L'art de choisir la bonne résolution

La bonne résolution

«Là forcément j’ai viré épicière ou apothicaire, à biffer des noms et ressentir des satisfactions absurdes: la joie venait du «ça, c’est fait», plus que du roman lu ou de la beauté de la balade.»

© Ludovic Andral

Dans l’ordre chronologique, il y a eu «travailler plus sérieusement», ma toute première. Je devais avoir dans les 15 ans et je n’en fichais pas une en classe – je ne peux pas dire que la résolution prise en début de cette année-là ait considérablement changé la donne. Après je suis passée par des grands objectifs abstraits, genre «devenir un meilleur être humain». Je trouvais ça plus classieux que les habituels arrêter de fumer, faire plus de sport, maigrir, objectifs d’une banalité crasse, que tout le monde ratait. Aujourd’hui, sûr qu’il faut rajouter à cette liste convenue «sauver la planète» – qu’on rate aussi avec une belle constance.

Avec la fougue et le manque de mesure qui caractérisent la jeunesse, j’ai ensuite opéré un virage à 180 degrés pour faire dans l’objectif comptable, soit des listes. Genre les vingt livres à lire, les cinq pays à visiter, les deux montagnes à gravir, les x traversées à nager.

Là forcément j’ai viré épicière ou apothicaire, à biffer des noms et ressentir des satisfactions absurdes: la joie venait du «ça, c’est fait», plus que du roman lu ou de la beauté de la balade. Et le désespoir venait en fin d’année d’un constat imparable: caramba, encore raté. Jamais je ne suis arrivée au bas d’une liste.

«Je me mentais plus ou moins ouvertement»

Après j’ai grandi et donné dans la mesure, un, deux objectifs max par année, si possible liés, manger plus sain et boire moins de lait par exemple. Mais après quelques semaines, «plus» et «moins» deviennent des concepts encore plus relatifs que d’habitude et je m’en tirais à bon compte en me mentant plus ou moins ouvertement.

Tout l’intérêt de ces Nouvel-An qui passent et se ressemblent, c’est qu’on prend de l’âge – autant dire qu’on gagne en sagesse.

Les bonnes résolutions, typiquement: on sait qu’on ne les tiendra pas, la chose est avérée. En plus comme ça fait un moment qu’on échoue, ça n’est pas bon du tout pour l’estime de soi. Donc autant prendre la décision intelligente que notre riche expérience nous dicte. Pour moi, en tout cas, la résolution 2019 a été une évidence: je n’en ai pas prise.

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