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Quand trop de mignon nous rend méchant

Chaton mignon

Trop d’empathie apporterait le risque de se laisser atteindre par des sentiments négatifs.

© GettyImages

Débranchez votre ordinateur, jetez votre smartphone dans le premier lac ou buisson venu! Selon les chercheurs étudiant la psychologie des émotions, l’abus de contenus montrant des bébés et animaux mignons aurait des effets secondaires très intrigants. Voire, parfois, carrément flippants. Des travaux tout à fait sérieux ont ainsi été menés sur ce sujet à l’Université Yale, aux Etats-Unis.

Si ces dizaines de vidéos trop choupinous qui circulent quotidiennement sur Internet et que vous regardez à chaque fois avec un sourire béat de jeune parent font du bien dans les moments de stress, elles stimulent paradoxalement notre agressivité. Pour ne pas dire qu’elles titillent notre éventuelle fibre sadique.

Les deux universitaires ayant conduit les travaux sont formels: les images et vidéos qualifiées de mignonnes tendent clairement à provoquer chez le spectateur un sentiment parallèle de violence, en grande partie inconscient. Facebook, merci bien pour le cadeau… «Ce phénomène découle beaucoup d’une tentative de régulation des émotions par le cerveau», éclaire Christine Mohr, professeure de psychologie à l’Université de Lausanne (UNIL).

Un juste milieu

Illustrations? Un parent mort d’inquiétude qui voit soudain revenir son ado après une fugue va à la fois pleurer de joie et avoir envie d’exploser de colère. Quelqu’un va tout à coup partir en fou rire à un enterrement alors qu’il est rongé par la tristesse. «Dans ces situations, le cerveau et le corps semblent rééquilibrer les émotions vécues lorsque l’une d’elles est en trop-plein. Trop d’empathie amène ainsi le risque de se laisser atteindre par des sentiments négatifs.» Face à une nuée de bébés lapins, nos neurones essaieraient alors de redresser la barre, ouvrant la porte à des émotions à l’autre bout du spectre affectif.

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Un début d’analyse qui ne s’avère cependant pas suffisant pour expliquer la chose, notamment pour les psychologues cliniciens comme Pascal Roman, également professeur à l’UNIL: «Dans cette histoire de cute qui rendrait agressif, l’explication réside d’abord selon moi dans la nature même des entités considérées comme mignonnes.» Quoi? La frimousse kawaii d’un chaton appellerait-il au meurtre? Sachez que ce n’est pas si loin de l’idée.

Petit être fragile

Toutes les entités que nous trouvons craquantes ont en général un point en commun: le baby scheme, autrement dit un visage dont les traits le font percevoir comme juvénile. Grands yeux, front haut, petite mâchoire et nez minuscule. Des caractéristiques en effet relevées pêle-mêle chez les chats, les chiots, les hiboux, les pandas ou encore les bébés humains et même Hello Kitty.

Diverses études prouvent que cette configuration physique est agréable aux yeux de l’homo sapiens, rappelle Christine Mohr.

«Elle tend à nous apaiser via une sécrétion d’ocytocine, l’hormone de l’attachement, suscitant chez nous un comportement protecteur. Nombre d’hommes hétérosexuels trouvent par ailleurs de tels traits particulièrement attirants dans le visage d’une femme.»

L'ivresse du contrôle

Sauf que, mauvaise nouvelle, se retrouver devant une apparence infantile, fragile, dope aussi notre sentiment de pouvoir, dominant. «La vision de ce baby scheme, qui renvoie une image de vulnérabilité, mobilise des émotions du ressort de l’emprise sur l’autre, observe Pascal Roman. Pour un enfant, écraser des fourmis sans raison, c’est comme asseoir sa toute-puissance sur le monde. Le mécanisme est identique avec les figures mignonnes.»

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Cette troublante ambivalence se retrouve sur le Web où des vidéos désarmantes côtoient des scènes de décapitation. «Les psychanalystes vous diront que la violence est l’une des composantes intrinsèques de l’homme, et qu’une surdose de pacifisme engendre une forme de réaction inverse», poursuit le professeur de l’UNIL. Au fond, les vidéos kawaii fonctionnent comme un doudou. «Objet transitionnel» par excellence, illustre le pédopsychiatre britannique Donald Winnicott, sa présence nous rassure et nous permet d’acquérir un sentiment de contrôle.» Jusqu’à ce que nous n’en ayons plus besoin et le jetions brutalement aux orties…

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