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«Diagonale», le film qui révèle la zone grise du consentement

Avec «Diagonale», Anne Thorens souligne la «zone grise» du consentement

«Dans le film, la comédienne exprime son refus six ou sept fois, de façon très claire. Et malgré cela, certains spectateurs (hommes et femmes) me disent qu'ils ne l'ont pas entendue vraiment dire non. Alors que si, justement, elle n’arrête pas de le dire! Oui, le désir est présent, mais cela ne signifie pas automatiquement que le consentement l’est aussi.» - Anne Thorens

© Anne Thorens

La scène pourrait sembler banale, ordinaire, romantique: un jeune couple s'embrasse, se déshabille, se délecte de la promesse d'une nuit de passion à venir. Puis, un problème surgit, interrompant leurs ébats: elle ne veut pas coucher sans préservatif, il n'en a pas apporté. Leur discussion résonnera sans doute comme un écho dérangeant dans l'esprit de nombreuses personnes, hommes et femmes confondus. Car bien que la protagoniste féminine (incarnée par Leonor Oberson) répète gentiment mais fermement qu'elle n'a aucune envie de faire l'amour «comme ça», elle finit par céder au désir de son partenaire (joué par Cyprien Colombo). Tout est dit, et pourtant Diagonale s'achève dans le silence, alors qu'on devine les sentiments de la jeune femme. Car ainsi que le précise sa créatrice, Anne Thorens, le court-métrage n'est pas pensé comme une réponse, mais comme un questionnement. Il cherche à remettre en cause notre vision des relations homme-femme.

Disponible en ligne depuis le 7 janvier 2021, Diagonale a été couronné de six prix (dont celui du meilleur scénario au Couch Festival et celui du «Film qui déglingue» au 6th Baumettaz International Film Festival of L), ainsi que de nombreuses nominations, dans des festivals et concours internationaux.

Il happe le regard par sa mise en scène, le jeu d'acteurs impressionnant et la puissante subtilité de son message: le temps d'un long plan séquence de cinq minutes, la caméra d'Anne Thorens opère un zoom en diagonale sur le visage de l'actrice, d'abord souriant, devenant embarrassé, puis complètement éteint. «Je voulais que le film présente un point de vue féminin et qu’il questionne une problématique sociale et actuelle, explique-t-elle. Celle-ci me concerne, car je suis une jeune femme, et donc confrontée à ce type de situation. Il me semblait plus pertinent d’aborder un phénomène sur lequel je pouvais apporter un regard précis.» C'est le female gaze, une perspective féminine et féministe qui permet au cinéma d'exprimer et de souligner d'autres réalités.

«Tu n'avais qu'à pas être aussi désirable»

Au cœur de la zone grise du consentement, on trouve notamment le déni du refus quand le désir est visiblement présent. Dans le court-métrage, la protagoniste cède et voit ses protestations balayées, comme si elle ne les avait pas énoncées à voix haute. Et il y a cette phrase, qui coupe le souffle: «Tu n'avais qu'à pas être aussi désirable», murmure le personnage masculin, loin de lâcher l'affaire, comme si tout était de la faute de sa partenaire.

«Je pense que l'idée est venue d’un mélange de sentiments d’injustice, d’incompréhension et de frustration, car il est difficile aujourd'hui d’exprimer cette expérience et ses conséquences, résume Anne Thorens. La situation tend à être banalisée et le “non” n’est pas entendu, alors qu’il est bien là: dans le film, le personnage féminin exprime son refus six ou sept fois, de façon très claire. Et malgré cela, certains spectateurs (hommes et femmes) me disent qu'ils ne l'ont pas entendue vraiment dire non. Alors que si, justement, elle n’arrête pas de le dire!

Oui, le désir est présent, mais cela ne signifie pas automatiquement que le consentement l’est aussi.»

La jeune réalisatrice s'est longuement interrogée sur ce qui peut bien empêcher le refus d'être perçu et entendu comme tel, dans ce genre de contexte. Une chose est sûre: le film semble avoir touché et remué de nombreuses personnes: «Depuis la diffusion du film, beaucoup de femmes viennent me remercier ou partager leur vécu, poursuit-elle. Mais pas seulement, beaucoup d’hommes que je ne connais pas viennent également me voir: ils me posent des questions et me confient leurs expériences sexuelles de façon assez détaillée, comme s’ils ressentaient le besoin de questionner quelque chose en eux.» La preuve que le film soulève un point trop longtemps relégué dans le silence.

© Michaël Gabriele

Une scène orchestrée à l'avance

Autre point sensible: comment tourner un tel plan séquence avec deux comédiens qui, initialement, ne se connaissaient pas, tout en assurant que chacun se sente à l'aise? «Les scènes intimes sont compliquées à réaliser, commente Anne Thorens. Si elles sont bâclées, elles peuvent laisser des traces. J’étais très inquiète et soucieuse de protéger les comédiens.» Ainsi, au fur et à mesure de ses rendez-vous avec l'équipe, la jeune réalisatrice a tout mis en oeuvre pour éviter la moindre surprise. «Au moment du tournage, tout était chorégraphié et orchestré à l’avance, afin que les acteurs puissent jouer dans un cadre défini. Je voulais absolument éviter de laisser surgir le genre de problème dont traite le film. J’ai été très touchée de leur confiance et complètement épatée par leur performance.»

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