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Après le succès de «La Servante écarlate», Margaret Atwood, publie «Les testaments»

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Margaret Atwood est une romancière, poétesse, essayiste avec 1,9 million de followers sur Twitter. Visionnaire pour certains, auteure prolifique indéniablement, elle a signé une cinquantaine de livres.

© Rosdiana Ciaravolo Getty Images

C’est une vieille dame dont les boucles grises taquinent parfois le visage mutin; une écrivaine adulée dans le monde entier que le destin vient de frapper de plein fouet. Depuis la fin de l’été on ne parle que d’elle, de cette carrière exigeante couronnée par un succès populaire hors du commun, de ce dernier roman tant attendu. Trente-quatre ans après «La servante écarlate», Margaret Atwood publie Les testaments, dont la sortie, le 11 septembre (la version française est prévue pour le 10 octobre), a fait l’objet d’un lancement spectaculaire en pleine nuit dans les locaux de la librairie londonienne Water-stones de Picadilly. Des centaines de fans sont venus honorer leur pythie et s’offrir son ultime oracle moyennant une quinzaine de livres sterling.

«La dernière fois qu’on a vu autant de monde dans une librairie à minuit un jour de semaine, c’était pour un certain magicien», a ironisé le quotidien britannique The Guardian.

Cette frénésie, assez inhabituelle pour un écrivain d’un tel calibre, n’a pas eu l’air d’ébranler la presque octogénaire (80 ans le 18 novembre). Interrogée sur son statut de rock star, la Canadienne a rappelé avec humour qu’elle, en tout cas, ne risquait pas l’overdose d’héroïne, avant de filer vers d’autres admirateurs, d’autres journalistes et d’autres plateaux télé. Le tourbillon médiatique s’est brutalement interrompu à l’annonce de la mort, le 18 septembre, de l’écrivain Graeme Gibson, son compagnon de plus de quarante ans. Depuis, elle est réapparue en public pour parler de son livre. Femme forte, engagée, Margaret Atwood est surtout femme de son temps. Une silhouette rendue frêle par l’âge, mais une voix qui compte.

Octogénaire et militante

Romancière, poétesse, essayiste au 1,9 million de followers sur Twitter, la voilà devenue l’épicentre d’un phénomène global. Visionnaire pour certains, auteure prolifique indéniablement, elle a signé une cinquantaine de livres. Régulièrement pressentie pour le Prix Nobel, cette éminente représentante de la littérature anglo-saxonne est devenue un emblème féministe et anti-trumpien à la faveur du succès planétaire de la série télévisée inspirée de son best-seller, La servante écarlate, une anti-utopie qui raconte l’effondrement d’une démocratie, remplacée par un régime autoritaire et misogyne. Dans cette Amérique cauchemardesque, rebaptisée République de Gilead, la fertilité a drastiquement chuté, les femmes ont perdu leurs droits et les rares encore à même d’enfanter sont réduites à une forme d’esclavage sexuel destiné à assurer une descendance aux classes dirigeantes.

Prophétesse du désastre

Cette fiction d’anticipation terrifiante, avec ses servantes à cape rouge et cornette blanche, a investi l’imagerie populaire, trouvant un écho dans le contexte social et politique de nombreux pays. Des femmes vêtues comme les damnées de Gilead ont défilé contre des lois anti-avortement aux Etats-Unis, en Argentine, en Irlande. Avec La servante écarlate, Margaret Atwood répète volontiers n’avoir rien inventé mais s’être inspirée de faits historiques ainsi que du contexte du Berlin-Ouest où elle vivait à l’époque où elle a entamé ce récit. Coupée en deux, la ville transpirait la suspicion.

«J’ai eu le sentiment d’être espionnée, j’ai fait l’expérience de la méfiance, des silences, des changements de sujets», dira-t-elle.

Volontiers étiquetée prophétesse du désastre, Margaret Atwood se trouve au contraire d’une nature optimiste. Comment ne pas l’être quand on se met à écrire un livre, affirme-t-elle, puisqu’il faut non seulement croire qu’on le terminera, mais qu’ensuite quelqu’un le publiera, que quelqu’un le lira et que quelqu’un l’aimera. Son goût pour les histoires remonte à l’enfance, une enfance sauvageonne passée à crapahuter dans les forêts de l’Ontario où le père, entomologiste, s’est installé. Pas de voisins, pas d’électricité, mais beaucoup de livres. A 4 ans, la petite Margaret commence à bouquiner parce qu’il n’y a rien d’autre à faire les jours de pluie. Son premier roman paraîtra en 1969. A l’image de La femme comestible, dont l’héroïne cesse de s’alimenter à peine fiancée, son œuvre est traversée de réflexions sur la condition féminine. Toutefois, c’est La servante écarlate qui va ériger la Canadienne au rang d’icône féministe. Ce avec quoi elle n’est pas totalement à l’aise, elle qui a récemment remis les pendules à l’heure après avoir été prise à partie pour un tweet de soutien à un professeur accusé de harcèlement, dans une tribune intitulée Suis-je une mauvaise féministe? Considérer les femmes comme des êtres humains, absolument; comme des anges, très peu pour elle:

«Si c’était le cas, nous n’aurions pas besoin d’un système juridique.»

«Les testaments», Ed. Robert Laffont. A paraître en français le 10 octobre 2019.

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