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Balades

Prairie du Grütli, château de Chillon... L'histoire suisse en 8 lieux

À part dans un vague espoir de trouver un coin instagrammable ou du shopping à la clé, difficile de motiver son ado, voire ses enfants plus petits, à quitter le domicile familial pour aller arpenter la prairie du Grütli ou admirer les chutes du Rhin. Et pourtant. Jamais la Suisse et ses lieux historiques emblématiques n’ont autant eu la cote que cet été dans les discussions et les plans de vacances.

Et c’est tant mieux, car même l’indéboulonnable château de Chillon a vu le nombre de ses visiteurs quotidiens baisser drastiquement (de 1800 à 250) à cause du Covid. Le monument s’est d’ailleurs paré de rouge comme 799 autres lieux mythiques le 22 juin 2020 lors de la Night of Light pour alerter sur la situation inquiétante dans laquelle se trouve le milieu culturel. Et pour rappeler aussi aux Helvètes combien leur patrimoine est important.

Un côté madeleine qui rassure

Témoin de ce retour en amour pour nos hauts lieux historiques, l’engouement pour les ouvrages qui les décryptent, comme la réédition de L’histoire de la Suisse pour les Nuls (Ed. First): «On a dépassé les 30 000 exemplaires, ce qui est plutôt bien pour un livre d’histoire», se réjouit son auteur, l’historien suisse Georges Andrey, qui s’est attaché à condenser pour le grand public dans cet ouvrage de référence à la fois dates, faits, personnages et lieux en quelque 600 pages. Même si l’ouvrage a une dizaine d’années, à l’instar de celui de l’historien Dominique Dirlewanger (Tell me: la Suisse racontée autrement, Ed. Livreo-Alphil), leur succès est intact, voire renouvelé, comme l’explique le spécialiste: «Le fait que ces livres soient toujours d’actualité montre que notre passion populaire de l’histoire est toujours très forte.

Il y a un côté madeleine de Proust dans cet attachement à certaines images cartes postales un peu éculées mais qui montrent à quel point nous avons été déstabilisés par cette pandémie.

À mon avis, ces lieux emblématiques vont être pris d’assaut cet été.»

Dans un registre plus ludique, les enquêtes de Maëlys de Christine Pompéï, aux éditions Auzou, baladent les plus jeunes à travers le pays en suscitant le mystère et piquant la curiosité, des ponts de Lucerne à la Bibliothèque nationale pour le dernier en date. «J’invite aussi les enfants et leurs parents à visiter la Suisse avec Maëlys en partageant des photos et des bons plans sur mon compte Instagram, en leur décrivant les découvertes que je fais moi-même lorsque je prépare un nouveau livre, raconte Christine Pompéï. Je faisais ces balades avec mes filles quand elles étaient petites, mais maintenant qu’elles sont ados, se prendre en photo sur le pont de Lucerne ou devant un beau coucher de soleil «exotique», ça fonctionne aussi.» C’est l’effet carte postale version Instagram ou Snapchat, qui devrait plaire à la progéniture – en plus d’approfondir ses notions d’histoire. Huit exemples pour débusquer de quoi motiver les troupes.

Le château de Chillon

Passage obligé des courses d’école, ce bijou lacustre vaut autant pour sa valeur de haut lieu stratégique nimbé de romantisme que de mémoire des heures sombres de la sorcellerie, puisque nombre de pauvres gens y furent détenus, torturés et brûlés vifs.

Pourquoi on y va? Ce n’est pas pour rien si Christine Pompéï en a fait le cadre d’une des enquêtes de sa Maëlys: «Le fait qu’il y ait la prison, la potence, ça motive les enfants à visiter. Leur raconter l’histoire du prisonnier Bonivard, tout de suite ça leur parle.» S’il est adepte des châteaux plus confidentiels, comme celui de Rouelbeau à Genève et sa légende de la Dame Blanche, l’historien et écrivain genevois Olivier May, auteur de La Suisse en 15 lieux (Ed. Auzou) se souvient d’une visite du château avec sa classe à bord de canoës: «Les élèves étaient très amusés et intéressés par les fameuses toilettes… dont ils pouvaient observer la sortie dans les remparts.» Même si les latrines ne sont pas d’époque et datent de la fin du XIXe siècle.

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En plus d'offrir aux visiteurs une vue imprenable sur Valère et sur la vieille-ville de Sion, le château de Tourbillon permet de se passionner pour les vestiges archéologiques.

© IrisPhoto Shutterstock

La variante: le château de Tourbillon

Une des deux silhouettes qui se détache en hauteur sur la ligne d’horizon quand on arrive près de Sion, celles de Valère et Tourbillon.

Pourquoi on y va? Si le château de Tourbillon est moins visité que Valère et se mérite après une grimpette assez corsée, il en vaut le détour, selon Olivier May: «C’est le château préféré de mon enfance. Avant sa construction, il y avait déjà des habitations qui datent de 7000 ans.» De quoi donner envie de rejoindre les archéologues et apprendre en fouillant. Avec en prime une vue splendide sur Valère et la vieille ville de Sion.

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«Il y a un côté madeleine de Proust dans cet attachement à certaines images cartes postales un peu éculées mais qui montrent à quel point nous avons été déstabilisés par cette pandémie. A mon avis, ces lieux emblématiques vont être pris d’assaut cet été», Dominique Dirlewanger, historien suisse. Ainsi, l’iconique prairie du Grütli.

© Switzerland Tourism Jan Geerk

La prairie du Grütli

On ne la présente pas. C’est LE lieu incontournable, patriotique et iconique. Dans la région des Alpes où vivaient les Waldstätten, à la croisée d’Uri, Schwytz et Unterwald et où les trois cantons prêtèrent serment. C’est sur la prairie qu’est célébré le 1er août depuis 1891.

Pourquoi on y va? Pour sa valeur mythique. «Pour l’histoire de la Suisse, c’est un symbole. Dans le texte de cette fameuse alliance des trois cantons d’origine, il n’y a pas de lieu indiqué, et la date est également imprécise, explique l’historien Georges Andrey, Nulle part il n’est en tout cas précisé que c’était un 1er août. Ce flou s’explique selon moi parce que c’était un pacte secret, donc il ne fallait en dévoiler ni le lieu ni la date exacte. La tradition est venue se greffer par-dessus avec les trois Suisses d’origine, et très tôt on a situé ce pacte entre les trois cantons, sur cette prairie.» De quoi alimenter la discussion en racontant la légende aux enfants avant de leur en expliquer les coulisses.

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La statue de Guillaume Tell à Altdorf: «Ce qui est amusant, c’est de regarder la date sur le socle de la statue: ce n’est pas 1291, mais 1307. Et celle de sa commande est 1895, dans une opération menée pour faire concurrence à la fête fédérale qui est celle du Grütli», raconte Dominique Dirlewanger.

© Swiss Image Jan Geerk

La variante: la statue de Guillaume Tell

À Altdorf, dans le canton d’Uri, la fameuse statue de Guillaume Tell. Et si un doute subsiste sur l’identité du Monsieur pour les tout-petits, on n’hésite pas à leur montrer l’épisode de la mini-série ultra-didactique Helveticus qui lui est dédiée sur rts.ch.

Pourquoi on y va? Pour partir à une chasse aux dates facile à mettre en scène avec les enfants, selon Dominique Dirlewanger: «Ce qui est amusant, c’est de regarder la date sur le socle de la statue: ce n’est pas 1291, mais 1307. Et celle de sa commande est 1895, dans une opération menée pour faire concurrence à la fête fédérale qui est celle du Grütli.»

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Le pont de la Chapelle de Lucerne et son château d’eau est le plus ancien pont en bois couvert d’Europe.

© Mary Appell Unsplash

Le pont de la Chapelle

S’il y a un lieu instagrammable pour récolter des followers jusqu’au fin fond de l’Asie, c’est celui-ci. Clichés touristiques mis à part, le pont de la Chapelle de Lucerne et son château d’eau est le plus ancien pont en bois couvert d’Europe.

Pourquoi on y va? Pour ledit pont, qui est un rescapé qui a failli complètement cramer en 1993 à cause d’une sombre histoire de cigarette lancée sur une barque amarrée sous le pont, détruisant ses deux tiers et 86 tableaux qui racontaient l’histoire de la ville et de la Confédération. Une bonne occasion de parler non pas de prévention incendie avec les enfants, mais de préservation du patrimoine à travers les 25 tableaux restants.

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Sculpté dans la roche, le Löwendenkmal de Lucerne fascine par sa lente agonie, une lance plantée dans le flanc gauche, tenant dans sa patte meurtrie une fleur de lys en signe de dévotion à son monarque, Louis XVI.

© Swiss Image Emmanuel Ammon

La variante: le monument du lion

Puisqu’on est à Lucerne, autant y rester, et faire un crochet par le monument du lion, le Löwendenkmal, sculpté dans la roche pour célébrer le souvenir du sacrifice des gardes suisses du roi Louis XVI.

Pourquoi on y va? L’histoire de ce lion agonisant, une lance plantée dans le flanc gauche, et qui tient dans sa patte meurtrie une fleur de lys en signe de dévotion à son monarque a forcément de quoi fasciner les enfants.

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À cheval entre les cantons de Zurich et de Schaffhouse, les chutes du Rhin sont en fait au nombre de trois et remontent à la dernière période glaciaire.

© Swiss Image Andreas Gerth

Les chutes du Rhin

A Neuhausen, à cheval entre les cantons de Zurich et de Schaffhouse, les chutes du Rhin sont en fait au nombre de trois et remontent à la dernière période glaciaire. Dans son Histoire de la Suisse pour les Nuls, Georges Andrey relaie une étude scientifique de 2006 qui place le lieu en tête du palmarès des sites touristiques les plus réputés en Suisse. Et les plus grandes chutes d’eau d’Europe.

Pourquoi on y va? Parce qu’il n’y a pas que la pierre ou le bois qui fassent l’histoire du pays, mais aussi son incroyable richesse naturelle, topographique et géographique. Sans tomber dans le rébarbatif, on en profite pour rappeler le rôle vital de l’or bleu et son importance dans le rayonnement et le développement du pays à travers son histoire. Et on signale que tant Victor Hugo qu’Alphonse de Lamartine se sont pâmés en mots devant leur beauté.

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Majestueuses et impressionnantes: les gorges du Reichenbach sont aussi le lieu choisi par Sir Conan Doyle comme cadre à son duel final entre son héros Sherlock Holmes et le professeur Moriarty.

© Keystone André Stummer

La variante: les gorges du Reichenbach

Pour qui veut de la fraîcheur, et moins de monde, ces chutes d’eau hautes de 100 mètres situées au-dessus de Meiringen dans l’Oberland bernois font partie des dix sites à visiter selon L’histoire de la Suisse pour les Nuls, parmi le Gothard et la Jungfrau, entre autres. Un funiculaire a été construit pour y accéder en 1899.

Pourquoi on y va? Le fracas du lieu aurait tellement impressionné Sir Conan Doyle qu’il le choisit comme cadre à son duel final entre son héros Sherlock Holmes et le professeur Moriarty dans son roman Le Dernier Problème.

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